UN JOUR, UN TEXTE # 1683

JEUDI 13 DÉCEMBRE 2018

POUR UN PEU (extrait)

il faudrait pouvoir dire
quelque chose de rien
pour aider

que la terre
soit plus légère
un peu

on voit ce qu’il faudrait
sans pouvoir

Antoine ÉMAZ (né en 1955)
Peu importe, Le Dé bleu, 1993

[Source : lecture personnelle]

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UN JOUR, UN TEXTE # 1682

MERCREDI 12 DÉCEMBRE 2018

MAIS NOUS SERONS BIEN UN OU DEUX

Le monde usé jusqu’à la corde
Découvre son envers hideux
Et l’univers se désaccorde
Mais nous serons bien un ou deux
Pour ne pas nous soucier des hordes
Et pour lever encor les yeux.

Jean WAHL (1888-1974)
in La Résistance et ses poètes, Seghers, 1974

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1681

MARDI 11 DÉCEMBRE 2018

CRI DE L’ÉTÉ BRÛLANT

Tu es la vie, la lumière,
Tu es l’eau, le vent, la tempête,
Tu es le feu dévorant, fer rouge
Dans la blessure, chant d’oiseau,
Tu es feuillage, fruit, serpent,
Pluie sauvage sur la soif de l’homme
Tu es le cri de l’été brûlant
Et doux silence de la neige,
Tu sais brûler, tu sais guérir,
Donner un ciel à l’exilé,
Le changer en pierre, en braise,
En plaie, en ortie, en musique,
En sanglot, en épée glorieuse
Sous ton grand soleil corporel.
Plus que le printemps tu es femme
Plus que la beauté tu es femme
Plus que l’amour, la vie la mort.

René DEPESTRE (né en 1926)
Journal d’un animal marin, Gallimard, 1964

[Texte découvert sur le site « beauty will save the world », voir le lien ci-dessous]
https://schabrieres.wordpress.com/2013/07/18/rene-depestre-cri-de-lete-brulant-1964/

UN JOUR, UN TEXTE # 1680

LUNDI 10 DÉCEMBRE 2018

J’AI TANT REFAIT TON VISAGE AVEC MES MAINS

Le plafond devient noir
au-dessus de mes yeux pourtant ouverts
et je te devine encore dans l’ombre qui te serre contre moi.

Le sang lèche une dernière fois
mes tempes de sa flamme bleue.

Il vient de quitter mes lèvres,
vissées maintenant à fond sur le silence.

Les murs qui s’épaississent dans ma mémoire vont-ils s’écrouler sur la seule présence, ta présence, que je veux emporter jusqu’au bout de ma pensée ?

Mais j’ai tant refait ton visage avec mes mains, j’ai tellement inscrit ton nom sur ma bouche que je n’ai qu’à fermer les paupières pour qu’en moi tu prennes la place de la mort.

Lucien BECKER (1911-1984)
in Rien que l’amour : Poésies complètes, La Table ronde, 1997

[Texte découvert sur le site « Wikipoèmes », voir le lien ci-dessous]
http://www.wikipoemes.com/poemes/lucien-becker/les-pouvoirs-de-lamour.php

UN JOUR, UN TEXTE # 1679

DIMANCHE 9 DÉCEMBRE 2018

LE PLUS BEAU JOUR

S’il pouvait faire un temps à mettre un chien dehors
Si je pouvais avoir un cœur à fendre pierre
Si l’amour devenait plus lâche que la mort
Si nous étions des morts pour parler de la vie
Si nous étions heureux pour ne plus rien nous dire
Si nous étions vivants pour pouvoir nous aimer
Si le monde n’était pas fait pour le refaire
Si tu n’existais pas pour pouvoir t’inventer.

Jean MALRIEU (1915-1976)
Préface à l’amour, Cahiers du Sud, 1953

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir le lien ci-dessous]
https://www.babelio.com/auteur/Jean-Malrieu/232940/citations?a=a&pageN=1

UN JOUR, UN TEXTE # 1678

SAMEDI 8 DÉCEMBRE 2018

RIEN N’EST PLUS REDOUTABLE QUE L’HOMME

Il est ici-bas des choses bien redoutables,
Mais nulle qui soit plus redoutable que l’homme.
Il est l’être qui s’élance sur la mer grise
Poussé par le vent du Midi porteur d’orages
Et qui fend les flots mugissants autour de lui.
Il est cet être qui harcèle sans cesse la déesse suprême
La Terre, la terre impérissable, la terre infatigable,
Qu’années après années il va tournant et retournant
Le peuple étourdi des oiseaux,
Les hordes de bêtes féroces
Qui hantent la forêt profonde,
Les habitants des eaux marines,
L’homme industrieux les capture
Par ses engins ils soumet à sa loi
Les animaux errants des champs et des montagnes.
Parole, pensée rapide comme le vent,
Aspiration à créer des cités,
Il s’est appris lui-même tout cela,
Ainsi qu’à se soustraire au gel et aux averses,
Si dur aux êtres qui n’ont que le ciel pour toit,
Plein de ressources, il ne se trouve démuni
Contre rien de ce qui peut arriver.
À la mort seule, il ne peut échapper,
Quand bien même il a inventé des remèdes
À des maladies réputées incurables.
Détenteur d’un savoir dont les productions ingénieuses
Dépassent toute espérance, il s’engage
Tantôt sur le chemin du bien,
Tantôt sur le chemin du mal:
S’il sait appareiller les lois du pays
Et la justice des dieux qu’il a juré de respecter
Qu’il s’élève au plus haut rang de notre cité,
Mais qu’il en soit banni
Si l’audace le pousse à défier l’ordre établi,
Qu’il n’ait plus place aucune en mon foyer,
Non plus que dans mes pensées.

SOPHOCLE (495 av. JC – 406 av. JC)
Antigone
Traduit du grec ancien par Robert Davreu

RIEN N’EST PLUS REDOUTABLE QUE L’HOMME est la neuvième chanson de l’album Chœurs de Bertrand Cantat, Pascal Humbert, Bernard Falaise et Alexander MacSween conçu pour constituer les chœurs antiques de la trilogie « Des femmes » de Sophocle adaptée et mise en scène en 2011 par Wajdi Mouawad

 

 

UN JOUR, UN TEXTE # 1677

VENDREDI 7 DÉCEMBRE 2018

J’AI TANT RÊVÉ

J’ai tant rêvé
De pouvoir voler bien au delà du soleil
D’être toujours comme un enfant qui s’émerveille
Oh oui ! J’ai tant rêvé

J’ai tant cherché
À remonter jusqu’à la source du bonheur
À comprendre pourquoi soudain battait mon cœur
Oh oui ! J’ai tant cherché

J’ai tant voulu connaître
Le pourquoi, le comment
J’ai voulu retrouver tous mes rêves d’enfant
Je n’ai jamais compris
Pourquoi il faut
Grimper si haut
Pour voir sa vie

J’ai tant connu
Tous ces matins
Qui n’ont ni rime ni raison
Tous ces demains qui n’osent pas dire leur nom
Pourquoi l’amour
S’éteint toujours au fond du cœur ?

J’ai tant connu
Tous ces matins qui n’ont ni rime ni raison
Tous ces demains qui n’osent pas dire leur nom
J’ai voulu voir, j’ai voulu croire
J’ai tant rêvé

Michel MODO (1938-2013)
Chanson écrite pour Henri Salvador, album Ma chère et tendre, EMI, 2003

[Source : écoute personnelle]