UN JOUR, UN TEXTE # 1143

JEUDI 22 JUIN

Vient le désir de ne pas peser sur le jour
plus que le rayon de la lumière sur les livres, la table,
les outils de notre travail.
De vivre devant les choses avec un air d’absence
que donnent les grandes fatigues,
cet air de ne pas y être attaché qui les rend libres.
Amarres lâchées,
c’est alors que le monde paraît généreux, large.
Et la conscience s’allume, çà et là aux angles des meubles,
elle n’a que ce poids, rêvé, de la lumière.

Judith CHAVANNE (née en 1967)
La Douce aumône, Empreintes, 2001

[Texte découvert sur le site « le PRINTEMPS des POÈTES », voir le lien ci-dessous]
http://www.printempsdespoetes.com/index.php?url=poetheque/poetes_fiche.php&cle=641&nom=Judith%20Chavanne

UN JOUR, UN TEXTE # 1142

MERCREDI 21 JUIN

Tout n’est pas nostalgie de son corps
ni trouble de la peau solitaire
ni angoisse au cœur de la nuit déserte,
c’est aussi tout ce qui ne peut se dire
mais qui respire profondément en nous
pendant ces longues soirées de juin…

Alex SUSANNA (né en 1957)
Les Cernes du temps, Fédérop, 1999
Traduit du catalan par Jep Gouzy

[Texte découvert sur le site « le PRINTEMPS des POÈTES », voir le lien ci-dessous]
http://www.printempsdespoetes.com/index.php?url=poetheque/poetes_fiche.php&cle=820&nom=Alex%20Susanna

UN JOUR, UN TEXTE # 1141

MARDI 20 JUIN

SONNET

Quand l’avenir pour moi n’a pas une espérance,
Quand pour moi le passé n’a pas un souvenir,
Où puisse, dans son vol qu’elle a peine à finir,
Un instant se poser mon âme en défaillance ;

Quand un jour pur jamais n’a lui sur mon enfance,
Et qu’à vingt ans ont fui, pour ne plus revenir,
L’Amour aux ailes d’or, que je croyais tenir,
Et la Gloire emportant les hymnes de la France ;

Quand ma Pauvreté seule, au sortir du berceau,
M’a pour toujours marqué de son terrible sceau,
Qu’elle a brisé mes voeux, enchaîné ma jeunesse,

Pourquoi ne pas mourir ? de ce monde trompeur
Pourquoi ne pas sortir sans colère et sans peur,
Comme on laisse un ami qui tient mal sa promesse.

Charles-Augustin de SAINTE-BEUVE (1804-1869)
Livre d’amour, 1843

[Texte découvert sur le site « Poésie française », voir le lien ci-dessous]
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_sainte_beuve/sonnet.html

UN JOUR, UN TEXTE # 1140

LUNDI 19 JUIN

REMORDS

Ce sont des choses infimes : les
fenêtres qui battent au vent,
des suspensions de phrases dans
le souvenir d’un désir,
les cheveux dénoués
avec l’interrupteur qui
rétablit la lumière. Mais
c’est cela dont tu te souviens quand
il semble ne plus rien
avoir alentour de toi ; et la nuit,
qui pouvait t’envelopper
dans le linceul froid du silence
ultime, oublie que tu
existes. Alors, tu déroules
les images à l’intérieur de toi,
comme si tu pouvais encore vivre
chacune d’elles. Tu ne dors pas :
mais ce n’est que lorsque la lumière de l’aube
te rappellera qu’il fait jour,
et que tes paupières seront lourdes comme le
plomb, que tu pleureras
les heures blanches, le goût acide
du ressac, et l’amour que tu as perdu
dans l’hésitation d’une étreinte.

Nuno JÚDICE (né en 1949)
Anthologie de la poésie portugaise contemporaine (1935-2000), Gallimard, 2003
Traduit du portugais par Michel Chandeigne

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1139

DIMANCHE 18 JUIN

LE PLUS BEAU JOUR

S’il pouvait faire un temps à mettre un chien dehors
Si je pouvais avoir un cœur à fendre pierre
Si l’amour devenait plus lâche que la mort
Si nous étions des morts pour parler de la vie
Si nous étions heureux pour ne plus rien nous dire
Si nous étions vivants pour pouvoir nous aimer
Si le monde n’était pas fait pour le refaire
Si tu n’existais pas pour pouvoir t’inventer.

Gérald NEVEU (1921-1960)
in C’était hier et c’est demain – Anthologie, Seghers, 2004

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir le lien ci-dessous]
https://www.babelio.com/auteur/Gerald-Neveu/241364/citations

UN JOUR, UN TEXTE # 1138

SAMEDI 17 JUIN

SACCADES

Piéger le seul sourire,
Éteindre le visage et sa suffocation
Sous un crépi de terre calcinée.

Quand même elle sombrerait toute
Il me resterait la brèche :
Son absence de visage et sa seule nudité.

Il me resterait la lame…

Déjà les fruits de l’ultime secousse
Criblent les lombes du ciel blanc.

Jacques DUPIN (1927-2012)
Gravir, Gallimard, 1963

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1137

VENDREDI 16 JUIN

ODE POUR HÂTER LA VENUE DU PRINTEMPS – 24

Nous allons sur les grandes routes de par le
Monde en guerre nous avons tout perdu le vent
Nous habille le ciel nous lave l’amour
Est notre livre défendu nouveaux roisés
Nous aimions autrefois les rolling stones
Et la musique ébranlait le capitalisme
Insolents nous forgions l’avenir dans un
Atelier de rythmes inouïs et de sono
Rités éclatantes une tendre violence
Déchirait nos coeurs nous avons adressé dans pa
Ris des barricades lancé des pavés comme
Bouteilles à la mer nous fûmes vaincus par des
Vieillards tristes et apeurés qu’avons-nous fait
De l’espoir nous avons reconstruit les temples et
Changé d’uniforme tu as oublié ca
Marade le mois de mai tu enseignes l’ordre
Démolis ta maison sors dans la rue
Regarde tu es comme un aveugle qui tend
Toujours la main jette ta canne avoue les
Songes qu’on ne t’a pas appris lève-toi et
Ose

Jean RISTAT (né en 1943)
Ode pour hâter la venue du printemps, Gallimard, 1978

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1136

JEUDI 15 JUIN

JE SUIS NÉE AU MILIEU DU JOUR

Je suis née au milieu du jour,
La chair tremblante et l’âme pure,
Mais ni l’homme ni la nature
N’ont entendu mon chant d’amour.

Depuis, je marche solitaire,
Pareille à ce ruisseau qui fuit
Rêveusement dans les fougères
Et mon coeur s’éloigne sans bruit.

Cécile SAUVAGE (1883-1927)
Mélancolie in Œuvres complètes, La Table Ronde, 2002

[Texte découvert sur le site « Poésie française », voir le lien ci-dessous]
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/cecile_sauvage/je_suis_nee_au_milieu_du_jour.html

UN JOUR, UN TEXTE # 1135

MERCREDI 14 JUIN

LES LISIÈRES (extrait)

De toutes mes forces j’avais essayé de la détester mais je n’y étais pas parvenu. Elle m’avait traîné dans la boue pour garder les enfants. Devant le juge elle avait sorti mes états de service, les quantités d’alcool que je m’envoyais, les ordonnances longues comme le bras que j’avais englouties des années durant, le contenu même des bouquins que j’écrivais et qui témoignait de ma fragilité psychologique, du paquet de névroses avec lesquelles je me battais depuis tout petit. Elle avait ajouté à ça mes déplacements fréquents, mes relations avec des gens du cinéma, de la chanson, bref des artistes forcément alcooliques, cocaïnomanes ou que sais-je encore, vraiment elle avait mis le paquet mais ça n’avait pas suffi, je l’avais trop aimée pour pouvoir un jour la haïr.

Olivier ADAM (né en 1974)
Les Lisières, Flammarion, 2012

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1134

MARDI 13 JUIN

ELLES SONT LIBRES LES PENSÉES

Elles sont libres, les pensées
Personne ne peut les arrêter
Car elles peuvent s’envoler
Comme une ombre dans l’obscurité
Personne ne peut les deviner
Personne ne peut les traquer
Rien ne peut les tuer :
Elles sont libres, les pensées

Je pense ce que je veux
Et ce qui me rend heureux
Mais tout ça en silence
À ma convenance.
Mon désir, ma volonté
Personne ne peut les réfuter
C’est ma réalité :
Elles sont libres, les pensées

Et si l’on me jetait
Dans un cachot profond,
Aucun mur épais
Ne sera jamais mon horizon.
Car toutes mes pensées
Abattent les murs, elles sont les clés
De ma réalité :
Elles sont libres, les pensées.

Paroles d’une chanson traditionnelle allemande dont l’auteur est inconnu
Traduit de l’allemand par Roger Siffer et Marén Berg
Ce texte a été popularisé par Hans LITTEN (1903-1938)

[Texte découvert sur le site « Sur la route », voir le lien ci-dessous]