UN JOUR, UN TEXTE # 1844

JEUDI 23 MAI 2019

EST-CE AINSI QU’ON A VÉCU ?

Est-ce ainsi qu’on a vécu,
côté nocturne côté solaire,
les deux font un seul visage,
est-ce bien cela que j’ai voulu ?

Voici donc nos deux profils,
côté gauche et côté droit,
de l’un à l’autre passe inchangée,
toujours la même voix.

Quand tu chantes c’est l’âme qu’on entend,
même si tu l’inventes, c’est toujours toi,
même sang, même opéra.

Que le cristal se brise ou que tu fuies
vers le dehors, ce monde étrange,
ce jeu perdu, c’est toujours toi.

Lionel RAY (né en 1935)
Syllabes de sable, Gallimard, 1996

[Source : lecture personnelle]

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UN JOUR, UN TEXTE # 1843

MERCREDI 22 MAI 2019

TOUT EST TOUJOURS À RECOMMENCER

Nous sommes les oiseaux d’une île nouvelle
Tout est toujours à recommencer
Nous allons créer d’autres cris d’oiseaux
Tout est toujours à recommencer
Nous allons créer des fontaines
Et une eau propre
Et un ciel clair
Nous allons laver nos yeux de nos larmes
Aux chutes du fleuve avenir
Tout est toujours à recommencer
Nous allons escalader les désastres
Pour y planter la vie
Nous allons aller au sommet de cet
Everest de peine
À force de courir
À force de pâlir
À force de nous cogner aux murs de ce bas monde
Nous déboucherons dans les plaines de la sagesse
Et moi je te hisserai devant moi
Comme la proue d’un vaisseau
En pleine mer démontée
Tout est toujours à recommencer
Sur ma Pompéi ensevelie, j’installerai un nouveau pays

Julos BEAUCARNE (né en 1936)
Texte de la chanson Nous sommes les oiseaux d’une île nouvelle, album Chandeleur Septante Cinq, EPM, 1975

[Source : écoute personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1842

MARDI 21 MAI 2019

ÉTOILES FILANTES

Dans les nuits d’automne, errant par la ville,
Je regarde au ciel avec mon désir,
Car si, dans le temps qu’une étoile file,
On forme un souhait, il doit s’accomplir.

Enfant, mes souhaits sont toujours les mêmes :
Quand un astre tombe, alors, plein d’émoi,
Je fais de grands voeux afin que tu m’aimes
Et qu’en ton exil tu penses à moi.

À cette chimère, hélas ! je veux croire,
N’ayant que cela pour me consoler.
Mais voici l’hiver, la nuit devient noire,
Et je ne vois plus d’étoiles filer.

François COPPÉE (1842-1908)
L’Exilée, 1877

[Texte découvert sur le site « Éternels Éclairs », voir le lien ci-dessous]
https://www.eternels-eclairs.fr/poesie-poemes-tristes-tristesse.php#V

UN JOUR, UN TEXTE # 1841

LUNDI 20 MAI 2019

CE QUI STUPÉFIE

Ce qui stupéfie ne peut être
le vestige de ce qui
a été.
Demain encore aveugle
avance lentement.
La vue et la lumière
font la course l’une vers l’autre,
et de leur étreinte
naît le jour,
aussi grand qu’un faon,
les yeux déjà ouverts.

La rivière en murmurant
enlace la brume
pour un moment encore.
Les sommets marquent le ciel
de leur signature.
Arrête et écoute
les machines à traire
conçues pour téter comme les veaux.
À la première chaleur
les collines boisées calculent
la raideur de leurs pentes.

Le chauffeur de poids lourds prend la route
vers le col qui mène
contre toute attente
avec sa propre familiarité
vers une autre patrie.
Bientôt l’herbe sera
plus chaude
que les cornes des vaches.
Ce qui stupéfie
vient à nous
comme éclaireur de la mort et de la naissance.

John BERGER (1926-2017)
La Louche et autres poèmes, Le Temps des Cerises, 2012
Traduit de l’anglais (américain) par Carlos Laforêt

[Texte découvert sur le blog « beauty will save the world », voir le lien ci-dessous]
https://schabrieres.wordpress.com/2017/06/20/john-berger-ce-qui-stupefie/

UN JOUR, UN TEXTE # 1840

DIMANCHE 19 MAI 2019

D’ENCRE ET D’HORIZON (extrait)

Écrire ou faux semblant
seul importe le trait

Et le sable des mers
oublieuses
reluit entre les rails
qui voyagent.

Tout s’éveille et fait don si le regard souscrit.

Le monde s’est cloîtré dans ses conflits d’orgueil…

Sous le possible et l’incertain
l’un rejoint l’autre et rejaillit.

Il faut aimer debout et se donner au vent.

Les fossiles du faire
ou de l’inachevé
pèsent de même fin.

L’ambulance du fou
jouant le sens.

Une eau vive informe l’image
un caillou sonne un ton s’éclaire.

Tout glisse entre deux portes
la dérisoire et l’inutile.

On vient on va on meurt
dans un sas aux départs.

On construit le désir où le plaisir s’accorde.

Tout plan guide l’esprit vers son imaginaire.

Notre ombre se retrouve
dans l’axe des portiques.

À force de bâtir
la foi se greffe à l’habitude.

Le vin est fraternel
la vigne a ri dans sa chaleur.

Debout elle était nue au soir
lorsque le train venait
à tout niveau de ses fenêtres.

Dans les nocturnes d’un musée
sonnent tant de méduses
que les coraux ceux qui furent.

Le temps ne compte plus la seconde égarée.

La dérive a le songe en poupe.

Les pages de la nuit
se retournaient en vain
un sommeil les déserte.

Un nuage au couchant ouvre ses cuisses d’or.

On veut moudre chacun sous la meule de tous.

La femme est paysage où s’enflamme la peau.

Si soudain découverts
tout fuit
en instants d’apparence.

Cellule d’un possible
arête d’avenir
et jachère de phrases
tout est pouvoir.

Décrire la poitrine
qu’une enfant se découvre
là où déjà le sable
retient l’ombre des vagues

où se trace déjà
marée venant
les ourlets de son corps

Philippe JONES (1924-2016)
D’encre et d’horizon – Poèmes 1981-1987, La Différence, 1989

[Texte découvert sur le blog « Des mots en passage », voir le lien ci-dessous]
https://desmotsenpassage.wordpress.com/2016/12/19/philippe-jones-dencre-et-dhorizon-extraits/

UN JOUR, UN TEXTE # 1839

SAMEDI 18 MAI 2019

LÀ OÙ LA NUIT / TOMBE (extrait)

Le soir mal écrit se perd
Encore rien aujourd’hui
J’ai dormi au fond d’un puits
Sur mes phrases rien n’adhère
Texte clos depuis longtemps
La vie glisse sur la vie
Ni espoir ni appétit
Longue langueur nue des vents
La lune oublie ses mystères
Le soleil a tu son chant
C’est un bâillement du temps
L’absence a mordu ma chair

Stéphane SANGRAL (né en 1973)
Là où la nuit / tombe, Galilée, 2018

[Texte découvert sur le site des éditions Galilée, voir le lien ci-dessous]
http://www.editions-galilee.fr/images/3/extrait2_9782718609706.pdf

UN JOUR, UN TEXTE # 1838

VENDREDI 17 MAI 2019

RÉSURGENCES (extrait)

Les nuits
incrustées dans les murs
ne font pas oublier
les herbe d’impatience
qui boivent le soleil.

Ces herbes aux doigts brûlés
comme cette écriture
qu’à chaque nuit les murs
émiettent sur terre.

Claude ALBARÈDE (né en 1937)
Résurgences, Folle Avoine, 2009

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir le lien ci-dessous]
https://www.babelio.com/auteur/Claude-Albarede/334823/citations

UN JOUR, UN TEXTE # 1837

JEUDI 16 MAI 2019

LA BANLIEUE DU MONDE (extrait)

10

se préserver de l’incertitude
gangrène du corps de l’esprit
si loin de l’essence des choses
la crainte de la solitude
de l’effervescence bouleversée
havre de grâce
quand la douleur charnelle
anesthésie la blessure
d’une terre sans sel
sans pitié ni compassion
faite pour se perdre

Gérard BERRÉBY (né en 1950)
La Banlieue du monde, Allia, 2019

[Texte découvert sur le site « poezibao », voir le lien ci-dessous]
https://poezibao.typepad.com/poezibao/2019/04/anthologie-permanente-g%C3%A9rard-berr%C3%A9by-la-banlieue-du-monde.html

UN JOUR, UN TEXTE # 1836

MERCREDI 15 MAI 2019

HAÏSSEZ

Haïssez celui qui n’est pas de votre race.
Haïssez celui qui n’a pas votre foi.
Haïssez celui qui n’est pas de votre rang social.
Haïssez, haïssez, vous serez haï.
De la haine, on passera à la croisade,
Vous tuerez ou vous serez tué.
Quoi qu’il en soit,
vous serez les victimes de votre haine.
La loi est ainsi :
Vous ne pouvez être heureux seul.
Si l’autre n’est pas heureux,
vous ne le serez pas non plus,
Si l’autre n’a pas d’avenir,
vous n’en aurez pas non plus,
Si l’autre vit d’amertume,
vous en vivrez aussi,
Si l’autre est sans amour,
vous le serez aussi.
Le monde est nous tous, ou rien.
L’abri de votre égoïsme est sans effet dans l’éternité.
Si l’autre n’existe pas, vous n’existez pas non plus.

Louis CALAFERTE (1928-1994)
?

[Texte découvert sur le site « beauty will save the world », voir le lien ci-dessous]
https://schabrieres.wordpress.com/2013/04/10/louis-calaferte-poeme/

UN JOUR, UN TEXTE # 1835

MARDI 14 MAI 2019

LE FOU DE LAYLÂ (extrait)

Guérira-t-il de toi, ce coeur à la torture ?
Te revoir ? mais la flèche de mort va plus vite.
Je suis désir, amour, tremblement, déchirure :
Plus je veux m’approcher, et moins tu m’y invites.
Je suis le passereau dans la main d’un enfant :
Elle le presse, il goûte aux vasques de la mort.
L’enfant joue : à cet âge on ne sait pas encore
S’apitoyer sur l’autre. Et pour l’oiseau, comment,
Quand on a si peu d’aile, échapper en volant ?
Je sais, moi, mille endroits vers où guider mes pas…
Mais où aller, mon coeur, si tu ne me suis pas ?

D’après l’histoire populaire arabe Majnûn et Laylâ
Traduit de l’arabe par André Miquel
Le Fou de Laylâ, Actes Sud, 2016

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir le lien ci-dessous]
https://www.babelio.com/livres/Majnun-Le-Fou-de-Layla/22266/citations