UN JOUR, UN TEXTE # 1442

MARDI 17 AVRIL 2018

PROMESSES

Je cueillerai l’orange
et le bleu des saisons
Et devant la fenêtre
ouverte comme un livre
je lirai au matin
la phrase du torrent

Je donnerai ma soif
aux raisins de la pluie
Et devant le silence
des bûches étonnées
je vanterai le feu
Je vanterai l’orange
et le bleu des saisons

Jean-Pierre SIMÉON (né en 1950)
À l’aube du buisson, Cheyne, 1985

[Source : lecture personnelle]

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UN JOUR, UN TEXTE # 1441

LUNDI 16 AVRIL 2018

À PAS LENTS

À pas lents, pesants, obstinés,
Dans la nuit noire m’en allant,
Empli d’un espoir infini,
Répétant cent fois la prière,
Je sais – la prière portera
Secours à l’espérance claire,
La pesante foi posera
La pierre lente du labeur.
À pas lents, pesants, obstinés,
Je mesure les chemins de la nuit :
Empli d’une foi infinie
J’espère atteindre le matin.

Alexandre BLOK (1880-1921)
Le Monde terrible, Livre Premier : Ante Lucem (1898-1900), Gallimard, 2003
Traduit du russe par Pierre Léon

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1440

DIMANCHE 15 AVRIL 2018

FRUIT SANS AMOUR

Mes yeux
Ce que je vois
Le vide qui entre nous ouvre son chas d’ennui
et la cassure de nos regards

À l’orée de ton corps
où luit le cristal de midi
j’ai défait mon armure
sans pouvoir rien ôter
du ciel glacé qui me sépare

et dans le lac si noir
que n’animaient ni ton sang
ni le tonnerre caché de ta vie
j’ai noyé les couleurs de mes soleils pulvérisés
image
trop mince image
en tranchant de couteau

Michel LEIRIS (1901-1990)
Haut mal suivi de Autres lancers, Gallimard, 1969

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1439

SAMEDI 14 AVRIL 2018

LE BONHEUR

Le bonheur disait-il,
C’est une affaire d’agilité
Des mains et de l’esprit.
Les âmes maladroites, on le sait,
Sont malheureuses dans la vie.
Et peu importe que les gestes
Distordus, mensongers
Soient une source de tourments.
Dans les orages et les tempêtes,
Au coeur du quotidien fade et figé,
Dans les plus lourdes des pertes
Et quand la tristesse t’inonde,
Paraître simple et souriant
Est l’art le plus sublime au monde.

Sergueï ESSENINE (1895-1925)
L’Homme noir (Poèmes : 1910-1925), Circé, 2005
Traduit du russe par Henri Abril

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir le lien ci-dessous]
https://www.babelio.com/auteur/Serguei-Essenine/20146/citations

UN JOUR, UN TEXTE # 1438

VENDREDI 13 AVRIL 2018

DANS LES MÉANDRES DES SAISONS (extrait)

Quelque chose vient de naître du silence,
quelque chose qu’il ne faut pas déranger,
de peur de déplacer les songes aux timides
lumières. J’avance prudemment jusqu’à

l’endroit où quelques sapins, blottis les
uns contre les autres, forment l’abri espéré
où j’attendrai, sous le remous des branches,
que la vie monte du sol s’empare de

la mienne et se retire en moi. Je resterai
ici, tranquille, assis sur une pierre, puis
j’airai au-devant de la nuit, le corps aussi

léger que les bruits qui s’enroulent sous
les herbes frôlées. À chacun de mes pas,
j’épouserai le temps et l’âme des étoiles.

Richard ROGNET (né en 1942)
Dans les méandres des saisons, Gallimard, 2014

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1436

MERCREDI 11 AVRIL 2018

POÈME DE LA CASSURE

Je sais la cassure du petit matin, l’aplomb brutal de midi, la sournoise inversion du soir

Je sais le vertigineux à-pic de la nuit et l’accablante horizontalité du jour

Je sais les hauts et les bas, les hauts d’où l’on retombe à coup sûr, les bas dont on ne se relève pas

Je sais que le chemin de la douleur n’a de stations qu’en nombre limité

Je sais le souffle haché, le souffle coupé, l’haleine fétide, les effluves d’air cru et les émanations du gaz de ville

Je sais les étreintes vides, la semence crachée par dépit sur la porcelaine

Je sais la face du mot qui vous sera renvoyée comme une gifle

Je sais que l’amitié et l’amour n’ont pas d’aubier

Je sais que les amarres rompues, le cou brisé, la semelle usée ont pour commun dénominateur la corde

Je sais que la détonation contient le même volume sonore que les battements de cœur qui bâtissent toute une vie

J’ai vécu pour savoir et je n’ai pas su vivre.

Roger-Arnould RIVIÈRE (1930-1959)
?

[Texte découvert sur le site « beauty will save the world », voir le lien ci-dessous]
https://schabrieres.wordpress.com/2013/08/04/roger-arnould-riviere-poeme-de-la-cassure-1959/

UN JOUR, UN TEXTE # 1435

MARDI 10 AVRIL 2018

N’ENTERREZ PAS LE MONDE

N’enterrez pas le monde
Car il resurgirait
Dans les sèves futures.

Ma langue est une olive
Que je presse pour toi.
Une huile écrite en coule.

Si tu cueilles la soif,
J’inventerai le fruit
Pour éveiller la source.

Si je suis page vide,
Écris-moi sur ton corps.
Tu seras mon poème.

Nous voguerons sur l’aube
Et je serai ta barque,
Ta voilure et le vent.

Tu gardes le pouvoir
De me faire silence.
Berceuse de l’amour,
Je suis ton instrument.

Si le poète meurt,
L’Univers aura froid.

Robert SABATIER (1923-2012)
Dédicaces d’un navire, Albin Michel, 1984

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1434

LUNDI 9 AVRIL 2018

OÙ QUE TU SOIS, JE T’AIME

Pour te rejoindre
nul parcours sur la terre,
il y faut l’ascension
de la montagne immense
qui me déchire le cœur.

Là tout est vertical
de l’abîme du sang
aux mille soleils de l’âme,
une épée de lumière
et pas un seul sentier.

Est-ce mon amour
au souffle fragile,
à la fougue patiente
et légère, qui va ouvrir
la septième voie?

Amour sauvage que tu voudrais
libre du chasseur et de la proie,
amour qui inventait l’amour
sans un appui sans une corde,
amour absolu, tout à toi.

André VELTER (née en 1945)
L’Amour extrême et autres poèmes, Gallimard, 2007

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1433

DIMANCHE 8 AVRIL 2018

JE NE PEUX PLUS DIRE JE T’AIME

Je ne peux plus dire je t’aime
Ne me demande pas pourquoi
Je ne ressens ni joie ni peine
Quand tes yeux se posent sur moi
Si la solitude te pèse
Quand tu viens à passer par là
Et qu’un ami t’a oubliée
Tu peux toujours compter sur moi

Je ne peux plus dire je t’aime
Sans donner ma langue à couper
Trop de serpents sous les caresses
Trop d’amours à couteaux tirés
Si dure que soit la solitude
Elle te ramène à ton destin
La loi du grand amour est rude
Pour qui s’est trompé de chemin

Je ne peux plus dire je t’aime
Ne me demande pas pourquoi
Toi et moi ne sommes plus les mêmes
Pourquoi l’amour vient et s’en va
Si la solitude te pèse
Quand le destin te mène ici
Et qu’un ami t’a oubliée
Tu peux toujours compter sur moi
Et qu’une amie vienne à manquer
Tu peux toujours compter sur moi

Jacques HIGELIN (1940-2018)
Champagne et Caviar, 1979, © Sony/ATV Music Publishing LLC, EMI Music Publishing France

[Source : écoute personnelle]

Bonus : le duo Adjani / Higelin