UN JOUR, UN TEXTE # 18

DIMANCHE 25 MAI 2014

MÉDITATION DU 15/5/85

Je me trouvai devant ce silence
inarticulé
un peu comme le bois
certains
en de semblables moments
ont pensé
déchiffrer l’esprit dans quelque rémanence
cela fut pour eux une consolation
ou du redoublement de l’horreur
pas moi.

Il y avait du sang lourd sous ta peau
dans ta main
tombé au bout des doigts
je ne le voyais pas humain.

Cette image se présente pour la millième fois
à neuf
avec la même violence
elle ne peut pas se répéter indéfiniment
une nouvelle génération de mes cellules
si temps il y a
trouvera cette multiplication onéreuse
ces tirages photographiques internes
je n’ai pas le choix
maintenant.

Rien ne m’influence dans la noirceur.

Je ne m’exerce à aucune comparaison
je n’avance aucune hypothèse
je m’enfonce par les ongles.

Jacques ROUBAUD
Quelque chose noir, Gallimard, 1986

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s