UN JOUR, UN TEXTE # 23

VENDREDI 30 MAI 2014

L’AMI QUI DORT

Qu’allons-nous cette nuit dire à l’ami qui dort ?
Des mots inconsistants montent jusqu’à nos lèvres
d’une atroce souffrance. Nous le regarderons,
ses lèvres inutiles qui restent silencieuses,
nous parlerons doucement.

La nuit aura les traits
de l’antique douleur qui renaît chaque soir
impassible et vivante. Le silence lointain
souffrira comme une âme, muet, dans le noir.
Nous parlerons à la nuit qui respire doucement.

Nous entendrons les instants s’égrener dans le noir
au-delà des choses, dans l’attente anxieuse de l’aube,
qui viendra tout à coup et gravera les choses
sur le silence mort. L’inutile lumière
dévoilera du jour le visage pensif. Les instants
se tairont. Et les choses parleront doucement.

Cesare PAVESE
Poèmes du désamour (1937), Gallimard, 1969
Traduction de Gilles de Van

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