UN JOUR, UN TEXTE # 263

DIMANCHE 25 JANVIER

POISSE

on peut encore poser les mots
comme un rebord de fenêtre
une rambarde qui n’enlève rien au vide

assez de cette fatigue sans cause
à force d’années mortes on ne va pas
revenir sur des souvenirs
qui pointent leurs nez comme têtes de rats

on cherche peu d’air

on se replie dans les sons
leur espèce de musique on se dit
plutôt les mots que rien même
si ça n’avance pas au moins
on aura dit un peu l’inertie
le poids de ce qui est autour

par tristesse peur simple d’être
avec peu de marge devant
si peu de moyens pour bouger
dans cette boue lourde du temps

de longues heures sans parler
les mots vont leur route dedans bizarres
feux sans joie sans cause juste jalons
d’exister au bord

filasse de fatigue
et foin des rêves

muet face à ce qui se tait
nous tait de même

silence qui bruit d’avant les mots
ou quelque chose comme
du vent

un vent de mots qui poisse

autant en rester là
demain à faire

Antoine ÉMAZ (né en 1955)
De l’air, Le Dé bleu, 2006

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