UN JOUR, UN TEXTE # 442

JEUDI 23 JUILLET

NOCTURNE

La nuit calme adoucit l’espace désolé.
Les projecteurs, étirant leur long bras livide,
palpent l’espace vague, énumèrent le vide,
détaillent l’Étendue à gestes calculés.

Par les ravins crépus, d’horreur échevelés,
où les obus aigus mordent à crocs avides,
des cadavres blêmis crispent leurs poings rigides
sur le Néant obscur près d’eux agenouillé.

Les blessés anxieux arc-boutent leur pensée
vers les là-bas brumeux des choses effacées ;
des bourgs incendiés braisillent dans la nuit,

et, benoîte, avec un sourire endolori,
la lune, bonne sœur éternellement pâle,
endimanche les morts d’un suaire d’opale.

Albert-Paul GRANIER (1888-1917)
Les Coqs et les Vautours (1914-1916), Éditions des Équateurs, 2008

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