UN JOUR, UN TEXTE # 511

MERCREDI 30 SEPTEMBRE

SONNET DE LA DOUCE PLAINTE

J’ai peur de perdre la merveille
de tes yeux de statue, et l’accent
que, pendant la nuit, pose sur ma joue
la rose solitaire de ton haleine.

J’ai peine à n’être en cette rive
qu’un tronc sans branches ; et ce qui me désole
est de ne pas avoir la fleur, pulpe ou argile,
pour le ver de ma souffrance.

Et si toi tu es mon trésor occulte,
si tu es ma croix, ma douleur mouillée,
si je suis le chien de ton domaine,

ne me laisse perdre ce que j’ai gagné
et décore les eaux de ton fleuve
avec les feuilles de mon automne désolé.

Federico GARCÍA LORCA (1898-1936)
Sonnets de l’amour obscur (1935 ?) in La Désillusion du monde, Orphée/La Différence, 2012
Traduit de l’espagnol par Yves Véquaud

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