UN JOUR, UN TEXTE # 564

DIMANCHE 22 NOVEMBRE

DE L’OBSCUR À DIRE

Comme Orphée je joue
sur les cordes de la vie la mort
et face à la beauté de la terre
et de tes yeux qui administrent le ciel
je ne sais dire que de l’obscur.

N’oublie pas que toi aussi, soudain,
ce matin-là, alors que ta couche
était encore humide de rosée et que l’œillet
dormait près de ton cœur,
tu vis le fleuve obscur
qui passait près de toi.

La corde du silence
tendue sur la vague de sang,
je saisis ton cœur résonnant.
Ta boucle fut métamorphosée
en cheveux d’ombre de la nuit,
les noirs flocons des ténèbres
enneigèrent ton visage.

Et je ne t’appartiens pas.
Tous deux désormais nous lamentons.

Mais comme Orphée je sais
du côté de la mort la vie
et pour moi bleuit
ton œil à jamais fermé.

Ingeborg BACHMANN (1926-1973)
Toute personne qui tombe a des ailes (Poèmes 1942-1967)
Traduit de l’allemand par Françoise Rétif

[Texte découvert sur le site « La Pierre et le Sel », voir lien ci-dessous]
http://pierresel.typepad.fr/

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