Mois: décembre 2015

UN JOUR, UN TEXTE # 602

MERCREDI 30 DÉCEMBRE

SANS PLUS DE POIDS

Pour un Dieu qui rirait comme un enfant,
Tant de cris de moineaux,
Tant de danses dans les branches,

Une âme se délivre de son poids,
Les prés gagnent une telle tendresse,
une telle pudeur parmi les yeux revit,

Les mains, comme des feuilles
Dans l’air, qui s’enchantent…

Qui tremble encore, qui juge ?

Giuseppe UNGARETTI (1888-1970)
Vie d’un homme, Poésie 1914-1970, Gallimard, 1981
Traduit de l’italien par Philippe Jaccottet

[Source : lecture personnelle]

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UN JOUR, UN TEXTE # 601

MARDI 29 DÉCEMBRE

LE SECRET DE L’INITIÉ

Dernier jour. Homme, c’est vrai :
De tout ce qui a été,
Rien n’a changé.
En haut, tourne le même ciel,
En bas, s’étend la même terre.
Mais un chant a surgi, au large,
Profond et mystérieux, au large.
On dirait que, dans les profondeurs, les cercueils
Ont cédé et que s’en sont envolés
Vers le ciel d’innombrables alouettes.
Homme, le jour du jugement
Est pareil à tout autre jour.
Fais plier tes genoux,
Tords-toi les mains,
Ouvre les yeux, étonne-toi.
Homme, je t’en dirais bien davantage,
Mais c’est en vain…
D’ailleurs, des étoiles se lèvent
Et me font signe de me taire.
Et me font signe de me taire.

Lucian BLAGA (1895-1961)
Dans la grande traversée, 1924
Texte inédit en français traduit du roumain par Philippe Loubière

[Texte découvert sur le site « Esprits nomades », voir lien ci-dessous]
http://www.espritsnomades.com

UN JOUR, UN TEXTE # 600

LUNDI 28 DÉCEMBRE

REDONNEZ-LEUR

Redonnez-leur ce qui n’est plus présent en eux,
Ils reverront le grain de la moisson s’enfermer dans l’épi et s’agiter sur l’herbe.
Apprenez-leur, de la chute à l’essor, les douze mois de leur visage.
Ils chériront le vide de leur cœur jusqu’au désir suivant ;
Car rien ne fait naufrage ou ne se plaît aux cendres ;
Et qui sait voir la terre aboutir à des fruits,
Point ne l’émeut l’échec quoiqu’il ait tout perdu.

René CHAR (1907-1988)
Fureur et Mystère, Gallimard, 1948

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 599

DIMANCHE 27 DÉCEMBRE

MÉLANCOLIE
À Domingo Bolivar

Frère, toi qui possèdes la lumière, dis-moi la mienne.
Je suis comme un aveugle. Je vais sans but et je marche à tâtons.
Je vais sous les tempêtes et les orages
Aveugle de rêve et fou d’harmonie..

Voilà mon mal, Rêver. La poésie
Est la camisole ferrée aux mille pointes sanguinaires
Que je porte en mon âme. Les épines sanglantes
Laissent tomber les gouttes de ma mélancolie.

Ainsi je vais, aveugle et fou, par ce monde amer ;
Parfois le chemin me semble interminable,
Et parfois si court…

Et dans ce vacillement entre courage et agonie,
Je porte le fardeau de peines que je supporte à peine.
N’entends-tu pas tomber les gouttes de ma mélancolie ?

Rubén DARÍO (1867-1916)
Azul, José Corti, 2012
Traduit de l’espagnol (Nicaragua) par Jean-Luc Lacarrière

[Texte découvert sur le site « Poezibao », voir lien ci-dessous]
http://poezibao.typepad.com/

UN JOUR, UN TEXTE # 598

SAMEDI 26 DÉCEMBRE

AU PLUS HAUT

Tu me parles de si près
que j’entends
ce que ne veux entendre,
tu ris à me blesser,
tu danses plus loin que l’aube,
tu joues éperdument
et m’enlaces aux épaules
soufflant à mon oreille : Amour,
tu dois vivre au plus haut…

André VELTER (né en 1945)
Le septième sommet, poèmes pour Chantal Mauduit, Gallimard, 1998

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 597

VENDREDI 25 DÉCEMBRE

HAPPY XMAS (WAR IS OVER) – 1971

So this is Xmas
And what have you done
Another year over
And a new one just begun
And so this is Xmas
I hope you have fun
The near and the dear one
The old and the young

A very Merry Xmas
And a happy New Year
Let’s hope it’s a good one
Without any fear

And so this is Xmas
For weak and for strong
For rich and the poor ones
The world is so wrong
And so happy Xmas
For black and for white
For yellow and red ones
Let’s stop all the fight

A very Merry Xmas
And a happy New Year
Let’s hope it’s a good one
Without any fear
And so this is Xmas
And what have we done
Another year over
A new one just begun
And so happy Xmas
We hope you have fun
The near and the dear one
The old and the young

A very Merry Xmas
And a happy New Year
Let’s hope it’s a good one
Without any fear
War is over, if you want it
War is over now

Yoko ONO (née en 1933) et John LENNON (1940-1980)
Chanson figurant sur la face B de l’album Shaved Fish (1975)

[Source : écoute personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 595

MERCREDI 23 DÉCEMBRE

NUIT DE NEIGE

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy DE MAUPASSANT (1850-1893)
Des vers, 1880

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 594

MARDI 22 DÉCEMBRE

Ton ombre est également une lumière
qui s’étend infiniment
Un son venu des profondeurs de la mer
Sur la corde de silence, un chant.

Elle est la douleur à vif, étrangère
Et angoisse dans les rêves
Elle pousse un cri en se déchaînant
Dans un lâcher d’écume bouillonnant.

Dans la plus belle des nuits étoilées
La fraîcheur tout autour s’épanouit
Et sur le monde transfiguré
Une incandescence élevée jaillit.

Ingeborg BACHMANN (1926-1973)
Toute personne qui tombe à des ailes : poèmes 1942-1965, Gallimard, 2015
Traduit de l’allemand par Françoise Rétif

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir lien ci-dessous]
http://www.babelio.com/