UN JOUR, UN TEXTE # 775

LUNDI 20 JUIN

LA POÉSIE EST UNE ARME CHARGÉE DE FUTUR

Quand plus rien de personnellement exaltant n’est attendu,
Plus on palpite et plus on est proche de la conscience,
Existant comme un fauve, aveuglement affirmé,
Comme un pouls qui frappe les ténèbres,

Quand on regarde en face
Les vertigineux yeux clairs de la mort,
On dit les vérités :
Les barbares, les terribles, les amoureuses cruautés.

On dit les poèmes
Qui élargissent les poumons de tous ceux qui,
Asphyxiés,
Demandent à être, demandent du rythme,
Demandent des lois pour ce qu’ils éprouvent d’excessif.

Avec la vitesse de l’instinct,
avec l’éclair du prodige,
comme une évidence magique, ce qui est réel nous
Transforme
En ce qui est identique à lui-même.

Poésie pour le pauvre, poésie nécessaire
Comme le pain de chaque jour,
Comme l’air que nous exigeons treize fois par minute,
Pour être et tant que nous sommes donner un oui qui
Nous glorifie.

Parce que nous vivons par à-coups, parce que c’est à
Peine s’ils nous laissent
Dire que nous sommes ceux que nous sommes
Nos chants ne peuvent être, sans péché, un ornement,
Nous touchons le fond.

Je maudis la poésie conçue comme un luxe
Culturel par ceux qui sont neutres
Ceux qui, en se lavant les mains, se désintéressent et
S’évadent.
Je maudis la poésie de celui qui ne prend pas parti
Jusqu’à la souillure.

Je fais miennes les fautes. Je sens en moi tous ceux
Qui souffrent
Et je chante en respirant.
Je chante, et je chante, et en chantant par delà mes
Peines
Personnelles, je m’élargis.

J’aimerais vous donner la vie , provoquer de nouveaux
Actes,
Et je calcule en conséquence, avec technique, ce que
Je peux faire.
Je me sens un ingénieur du vers et un ouvrier
Qui travaille avec d’autres l’Espagne dans ses aciers.

Telle est ma poésie : poésie-outil
À la fois battement du cœur de l’unanime et aveugle
Telle est, une arme chargée de futur expansif
Avec laquelle je vise ta poitrine.

Ce n’est pas une poésie pensée goutte à goutte.
Ce n’est pas un beau produit. Ce n’est pas un fruit
Parfait. C’est similaire à l’air que nous respirons tous.
Et c’est le chant qui donne de l’espace à tout ce que
Nous portons en nous.

Ce sont des mots que nous répétons en les sentant
Nôtres, et ils volent. Ils sont plus que ce qu’ils nomment.
Ils sont le plus nécessaire: ce qui n’a pas de nom.
Ce sont des cris au ciel, et sur terre ce sont les actes.

Gabriel CELAYA (1911-1991)
?
Traduit de l’espagnol par ?

[Texte découvert sur le blog « Comité pour une Nouvelle Résistance », voir le lien ci-dessous]
http://comite-pour-une-nouvelle-resistance.over-blog.com/

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