UN JOUR, UN TEXTE # 779

VENDREDI 24 JUIN

LE ROYAUME DE CE MONDE (extrait)

Il se sentit vieilli, sous le poids des siècles innombrables. Une lassitude cosmique, de planète lourde de pierres, tombait sur ses épaules décharnées par tant de coups, de sueurs, de révoltes. Ti Noel avait assumé sa part des tâches héréditaires, et bien qu’il fût parvenu au dernier degré de la misère, il laissait à son tour cet héritage intact. Sa chair avait fait son temps. Il comprenait à présent que l’homme ne sait jamais pour qui il souffre ou espère. Il souffre, et il espère et il travaille pour des gens qu’il ne connaîtra jamais, qui à leur tour souffriront, espéreront, travailleront pour d’autres qui ne seront pas heureux non plus, car l’homme poursuit toujours un bonheur situé au-delà de ce qui lui est donné en partage. Mais la grandeur de l’homme consiste précisément à vouloir améliorer le monde, à s’imposer des tâches.

Alejo CARPENTIER (1904-1980)
Le Royaume de ce monde (1949), Gallimard, 1980
Traduit de l’espagnol par René L. F. Durand

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir le lien ci-dessous]
http://www.babelio.com

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