UN JOUR, UN TEXTE # 843

SAMEDI 27 AOÛT

Tous nos papiers sont faux

Nous avançons nus
à la grande frontière

sans même un mot
pour nous justifier

rien que notre fatigue
notre tremblement

notre étrangeté
à nous-mêmes suspecte

Nous ne savons plus notre âge
tout s’est passé en chiffres

nous n’avons pas vu le temps
souffler sur notre front

cette face brouillée n’est pas la nôtre
les photos sont toutes manquées

nous n’avons jamais connu
notre vrai visage

nos vrais yeux
l’expression de notre bouche

tout ce que nous savons
est pour notre confusion

La peau blanche comme un linceul
les cicatrices

nous ignorons le secret
de nos blessures

de notre indignité
nous avons survécu

nulle mission
nulle destinée

mais en nous la vague conscience
de trahir, d’avoir trahi

Ce pays n’est pas le nôtre
nous ne reconnaissons rien

ses chemins nous ont égarés
ses villes nous font peur

nous n’habitons pas ces jours de pluie
ces nuits sans sommeil

il n’est ici pour nous
ni demeure ni repos

Les maisons nous enferment
sans nous abriter

nous avons déserté, renoncé
nous nous souvenons

sans nul souvenir.

Gérard PFISTER (né en 1951)
Faux, Arfuyen, 1975

[Texte découvert sur le site « La bouche à oreilles », voir le lien ci-dessous]
https://laboucheaoreilles.wordpress.com/2012/11/01/un-beau-poeme-de-gerard-pfister/

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