UN JOUR, UN TEXTE # 870

VENDREDI 23 SEPTEMBRE

LE SOMMEIL

La nuit nous dicte sa tâche magique,
Détisser les mailles de l’univers,
les ramifications inépuisables
des effets et des causes, qui se perdent
dans ce vertige insondable, le temps.
La nuit exige que cette nuit même
tu oublies ton nom, ton sang, tes ancêtres,
chaque parole humaine et chaque larme,
ce que la veille a pu te révéler,
le point illusoire des géomètres,
la ligne, le cube, la pyramide,
et plan, sphère, cylindre, mer et vagues,
ta joue sur l’oreiller et la fraîcheur
du drap neuf…
les empires, les Césars et Shakespeare
et, plus difficile, ce que tu aimes.
Etrangement un comprimé pourra
gommer le cosmos, créer le chaos.

Jorge Luis BORGES (1899-1986)
in La Proximité de la mer (Une anthologie de 99 poèmes), Gallimard, 2010
Traduit de l’espagnol par Jacques Ancet

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir le lien ci-dessous]
http://www.babelio.com

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