UN JOUR, UN TEXTE # 875

MERCREDI 28 SEPTEMBRE

SE TAIRE

Maintenant nous compterons douze
et restons tous silencieux

Pour une fois sur la terre
ne parlons plus aucun langage,
arrêtons-nous pour une seconde,
n’agitons pas tant les bras.

Ce serait une minute parfumée,
sans hâte, sans locomotives,
nous serions tous ensemble
dans une inquiétude instantanée.

Les pêcheurs de la mer froide
ne feraient plus de mal aux baleines
et le travailleur du sel
regarderait ses mains brisées.

Ceux qui préparent des guerres vertes,
des guerres de gaz, des guerres de feu,
des victoires sans survivants,
se vêtiraient d’un costume pur
et marcheraient avec leurs frères
à travers l’ombre, sans rien faire.

Ne pas confondre, ce que je veux
avec l’inaction définitive
la vie est seulement ce qu’on fait
je ne veux rien avec la mort.

Si nous n’avons pu être unanimes
en engageant toutes nos vies
peut-être ne rien faire pour une fois
peut-être un grand silence pourra-t-il
briser cette tristesse,
de ne jamais se comprendre
et nous menacer de mort,
peut-être que la terre nous apprendra
combien tout semblait mort
et que tout ensuite était vivant.

Maintenant je vais compter jusqu’à douze
et tu te tais et je m’en vais.

Pablo NERUDA (1904-1973)
Vaguedivague (1958), Gallimard, 2013
Traduit de l’espagnol par Guy Suarès

[Source : lecture personnelle]

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