Mois: février 2017

UN JOUR, UN TEXTE # 1028

LUNDI 27 FÉVRIER

PLUS TENDRE QUE TENDRESSE

Plus tendre que tendresse
Est ton visage,
Plus blanche que blancheur
Semble ta main,
Du monde et ses parages
Tu es si loin,
Toi tout entière
Née de l’inexorable.

Nés de l’inexorable,
Ta tristesse
Et les doigts de tes mains
Jamais froides,
Et le son calme
De tes paroles
Que rien ne désespère,
Et le lointain
De tes yeux clairs.

1909

Ossip MANDELSTAM (1891-1938)
Les Poésies d’amour, Circé, 2016
Traduit du russe par Henri Abril

[Texte découvert sur le site « La pierre et le sel », voir le lien ci-dessous]
http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2016/11/de-quelques-po%C3%A8mes-damour-dossip-mandelstam.html

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UN JOUR, UN TEXTE # 1027

DIMANCHE 26 FÉVRIER

NOS CHEVEUX BLANCHIRONT AVEC NOS YEUX (extrait)

Les jours qui passent ont une couleur particulière. Les prémices sont pleines et silencieuses. Quelque chose se fomente. Je m’y précipite calmement. Avec la confiance farouche des bêtes qui se font trahir. Avec mon amour effrayé. Avec ma méfiance de ciel gris qui sait qu’on finit par nous reprendre tout ce que l’on nous a offert. Je la prends au défi, cette vicieuse. Donne-moi les aurores et les nuits. Donne-moi les courses sauvages, les tartes aux prunes, les histoires qui s’inventent. Donne-moi l’eau et les cris sous les orages. Donne-moi la musique de ce qui nous revient. Je n’ai pas peur d’ouvrir les bras.

Thomas VINAU (né en 1978)
Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Éditions 10-18, 2012

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir le lien ci-dessous]
http://www.babelio.com/livres/Vinau-Nos-cheveux-blanchiront-avec-nos-yeux/280962#citations

UN JOUR, UN TEXTE # 1026

SAMEDI 25 FÉVRIER

QUELLE QUE SOIT LA PIERRE QUE TU LÈVES

Quelle que soit la pierre que tu lèves –
tu découvres ceux
qui ont besoin de la protection des pierres :
nus,
ils renouvellent maintenant le tressage.

Quel que soit l’arbre que tu abats –
tu menuises
le cadre du lit sur lequel
les âmes de nouveau s’agglutinent
comme si, lui non plus,
il ne tremblait pas, cet
éon*.

Quel que soit le mot que tu dis –
tu rends grâce
à perte et périr.

* Les éons sont, chez les gnostiques, des puissances éternelles émanées de l’Être qui rendent possible son action sur les choses.

Paul CELAN (1920-1970)
Grille de Parole (1959), Gallimard, 1998
Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefèbvre

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1024

JEUDI 23 FÉVRIER

À TOUJOURS

Il n’est autre avenir que toi
sans toi,
autre chemin que toi
sans toi,
autre chanson que toi
sans toi,
autre désir autre passion autre joie
que toi que toi que toi
mon amour à l’infini
amour plus vaste que nos vies
amour cruel, définitif amour

sans toi
il n’est autre amour que toi.

André VELTER (né en 1945)
Le septième sommet, poèmes pour Chantal Mauduit, Gallimard, 1998

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1023

MERCREDI 22 FÉVRIER

PETIT SONNET DU SOMMEIL

C’est le sommeil qui dort
Comme dorment les pierres
Et non les yeux qui meurent
Derrière les paupières

La nuit a un plateau
Plus lourd en sa balance
Lorsque sur lui s’abat
Le sommeil qui s’endort

Non nous ne dormons pas
Non nous ne mourons pas
Sous les paupières lourdes

C’est le sommeil qui meurt
Et c’est la mort qui dort
Quand nous dormons en elle.

Gastão CRUZ (né en 1941)
Poème issu de ?
Traduit du portugais par ?

[Texte découvert sur le site « Carnets de Poésie de Guess Who », voir le lien ci-dessous]
http://guesswhoandwhere.typepad.fr/carnets_de_poesie/cruz-gast%C3%A3o/

UN JOUR, UN TEXTE # 1022

MARDI 21 FÉVRIER

POÈME

toujours n’a pas de sens
jamais est une erreur

je parle hors des contours
des heures, des mois, des saisons

je veux juste approcher l’énigme
du matin, la buée sur la vitre,
l’éphémère voyage
le bleu qui recommence

Martin LAQUET (né en 1976)
Un temps d’urgence, Éclats d’encre, 2008

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1021

LUNDI 20 FÉVRIER

LE VOYAGE DÉFINITIF

Et je m’en irai. Et resteront les oiseaux chantant ;
et restera mon verger, avec son arbre vert
et avec son puits blanc.

Tous les soirs, le ciel sera bleu et serein ;
et sonneront, comme ce soir sonnent,
les cloches du clocher.

Mourront ceux qui m’ont aimé ;
et le village se fera nouveau chaque année;
et dans le recoin de mon verger fleuri et blanchi,
mon âme vaguera, nostalgique…

Et je m’en irai ; et je serai seul, sans foyer, sans
arbre vert, sans puits blanc,
sans ciel bleu et placide…
Et resteront les oiseaux chantant.

Juan Ramón JIMÉNEZ (1881-1958)
Traduit de l’espagnol par ?

[Texte découvert sur le site « Beauty will save the world », voir le lien ci-dessous]
https://schabrieres.wordpress.com/2014/09/17/juan-ramon-jimenez-le-voyage-definitif-el-viaje-definitivo-1911/

UN JOUR, UN TEXTE # 1020

DIMANCHE 19 FÉVRIER

ON POSE LA PERTE

On pose la perte
de part en part
on dépose le rempart
à perte
On retourne chaque jour
à la prise
Et ce qui tue
cimente la langue

Avalez
le sapin de marbre
qui couve en vous
Avalez l’arbre
des agonisants
et la crête d’huile
qui pend dans les larmes

Il y a de l’ombre
dans la vallée
Seul le chemin de cime
enivre
car on y vole
la pureté de la chute

Un jour
dans l’air
je serai
cette coulée
de peinture
devenant le peintre
de mon propre
trait

Tita REUT (née en 1951)
Le Temple des singes, L’Amandier, 2014

[Texte découvert sur le blog « Terres de femmes », voir le lien ci-dessous]
http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2014/09/tita-reut-on-pose-la-perte.html

UN JOUR, UN TEXTE # 1019

SAMEDI 18 FÉVRIER

HYMNE

Par toute la terre
lande errante
où le soleil me mènera la corde au cou
j’irai
chien des désirs forts
car la pitié n’a plus créance parmi nous

Voici l’étoile
et c’est la cible où la flèche s’enchâsse
clouant le sort qui tourne et règne
couronne ardente
loterie des moissons

Voici la lune
et c’est la grange de lumière

Voici la mer
mâchoire et bêche pour la terre
écume de crocs
barbes d’acier luisant aux babines des loups

Voici nos mains
Liées aux marées comme le vent l’est à la flamme

Voici nos bouches
Et l’horloge de minuit les dissout

quand l’eau-mère des ossatures
dépose les barques temporelles aux baies tranquilles de l’espace
et se fait clair comme un gel

ô brouillard tendre de mon sang

Michel LEIRIS (1901-1990)
Haut mal suivi de Autres lancers, Gallimard, 1969

[Texte découvert sur le site « de paysage en paysage », voir le lien ci-dessous]
https://enkidoublog.com/