Mois: avril 2017

UN JOUR, UN TEXTE # 1089

SAMEDI 29 AVRIL

N’OUBLIE PAS LA CHANSON DU SOLEIL, VASSILI

N’oublie pas la chanson du soleil, Vassili.
Elle est dans les chemins craquelés de l’été ,
dans la paille des meules,
dans le bois sec de ton armoire…
Si tu sais bien l’entendre.
Elle est aussi dans le cri du criquet.
Vassili, Vassili, parce que tu as froid ,ce soir,
Ne nie pas pas le soleil.

Sabine Sicaud (1913-1928)
Feuilles de carnet, ?

[Texte découvert sur le site « Sabine Sicaud », voir le lien ci-dessous]
https://www.sabinesicaud.com/oeuvres-de-sabine-sicaud/recueil-posthume/-feuilles-de-carnet-extraits/144-noublie-pas-la-chanson-du-soleil.html

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UN JOUR, UN TEXTE # 1088

VENDREDI 28 AVRIL

UNE ÉLÉGIE

Il se fît un désordre de rêve
Un désordre accablant et sans fin
Sur la terre invisible et brumeuse
Sur la face invisible des eaux

Un désordre de gouffre et de chute
Plus amer que le fiel du sommeil
Un désordre d’attente et de larmes
Au milieu de la terre et des eaux

Et la terre était noire et brumeuse
Et le jour retournait à la nuit
Et le monde attendait dans l’abîme
Et le ciel chavirait dans les eaux

Et ce rêve accablait le désordre
D’un mutisme de pluie et de vent
Et la pluie accourait sur la terre
Et le vent demeurait sur les eaux

Et le jour comme une ombre accablante
Et la nuit comme un trouble sans fin
S’arrachaient au sommeil de la terre
Et veillaient sur la cendre des eaux

Et la vie était lente et brumeuse
Et la mort répondait à ses cris
Et la terre était loin de la vie
Et la mort descendait sur les eaux

Et la loi de la vie était bonne
Et le temps de la mort était bref
Et le monde arrêtait ses ténèbres
Au milieu de la terre et des eaux

Il se fît un désordre moins proche
Un désordre de rêve et de fiel
Et la terre engendrait le désordre
Et le ciel chavirait dans les eaux

Un désordre de terre accablée
Sur la terre invisible et sans fin
Un désordre d’eau noire et brumeuse
Sur la face invisible des eaux

Et la vie ordonnait le désordre
Et la mort retournait à la mort
Et la mort se taisait sur la terre
Et la vie écoutait sur les eaux

Et la loi de la vie était juste
Et le temps de la mort était bref
Et le monde ajoutait son attente
Au tourment de la terre et des eaux

Et le jour remontait de l’abîme
Et la nuit retournait à la nuit
Et la pluie accourait sur la terre
Et le vent demeurait sur les eaux

Et ce fut dans le vent, dans la pluie
Un désordre de rêve et d’amour
Et l’amour était neuf sur la terre
Et le rêve était vieux sur les eaux

Et la vie et la mort étaient justes
Et le rêve et l’amour étaient bons
Et la vie écoutait sur la terre
Et la mort se taisait sur les eaux

Il se fit un désordre de rêve
Un désordre de vie et de mort
Et l’amour refleurit sur la terre
Et le ciel éclata sur les eaux

Claude SERNET (1902-1968)
Les Pas recomptés, Seghers, 1962

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1087

JEUDI 27 AVRIL

J’ÉTAIS

J’étais polaire, j’étais une mort,
J’étais le grand courant, les principes
j’étais les ondes, le choc
J’étais le faisceau rouge, la vallée
J’étais le vent et des paillettes
J’étais des écritures, le fond d’une caverne
j’étais des agitations, du soleil,
J’étais des formes de vie, des éléments, des surfaces, des mondes
J’étais la petite musique, l’inédit ‘étais un vieux chien
J’étais la rosée, un temple, du cristal, une fleur magique
J’étais un nom
J’étais une halte dans le silence
J’étais le hasard de la vie
J’étais un rêve dans un rêve, un lieu d’éternité
J’étais le labyrinthe du cœur
J’étais le temps mouillé, des regards, une personne
J’étais le lichen, les rochers
J’étais la lutte, l’immensité
J’étais seul et voilé dans les ravins de lune
J’étais serpent, gardien de la pureté
J’étais la peau tendue, les mains, les sons, les écumes, les transes sauvages
J’étais une lettre mystérieuse effacée sur une pierre
J’étais un inconnu marchant vers le nord
J’étais parmi les cris ‘étais dans les images
J’étais la cendre d’un feu de plaine
J’étais une pente
J’étais une rage soudaine
J’étais un déferlement barbare, dévastateur
J’étais des voyages étais des ponts étais des escales étais des bruits
J’étais du sang, une chaleur divine, un animal
J’étais quelqu’un sur une table d’urgence, oublié
J’étais un caillou roulé depuis la mer
J’étais un arbre arraché à l’horizon, jaune
J’étais un peintre, les pays baltes
J’étais un nombre étrange
J’étais résonance, atome
J’étais un cavalier noir brûlant les infidèles
J’étais un vieil homme avec un violon
J’étais une tache de lumière sur une table
J’étais une main qui travaillait
J’étais un aveugle cherchant une rue
J’étais des femmes, des apparitions, des pensées
J’étais un mur blanc avec des odeurs de pain
J’étais la rumeur, l’escorte d’un prisonnier
J’étais enfui
J’étais une maison, la vie des gens
J’étais un champ avec des cavaliers fantômes
J’étais un vol brisé, une chute, une promesse inestimable,
inaccomplie étais une espérance, une lucidité, un pari étais irrespirable
J’étais ce que la flamme est à la bougie
J’étais porté disparu étais le fruit dans un fruit
Jétais un partisan de l’univers étais un nomade assis près d’un chameau
J’étais une figurine imaginaire tracée par des mains hésitantes
J’étais l’enfant dansant son agonie sur les sables de l’infamie
J’étais un des pas de la malédiction étais des rendez-vous
J’étais des plantes miraculées
pétais la poussière tombée des icônes
J’étais des rencontres
J’étais des langues savantes, inusitées
J’étais un tunnel
J’étais des espaces grandioses, inaccessibles
J’étais debout parmi mes frères
J’étais aux origines du monde
J’étais les fugitives présences qui passent
J’étais les appels
J’étais les ombres muettes
J’étais le froid dans un homme qui s’approche du feu
J’étais la pluie sur un visage
J’étais l’histoire de quelqu’un
J’étais l’ignorance
J’étais étalé et coupable
J’étais visité
J’étais la nuit, une antilope, un piège
J’étais un retour
J’étais la route, l’or, les terres lointaines
J’étais les crabes, l’océan indien
J’étais une cérémonie, une clairière
J’étais ce qui se débat loin de nous
J’étais des questions
J’étais les pierres blanches, immaculées
J’étais les expériences, les résultats, les solutions
J’étais une souffrance et des animaux qui venaient boire
J’étais l’ennui, les planètes

J’étais ainsi.

Yves BUIN (né en 1938)
Orphée Studio – Poésie d’aujourd’hui à voix haute (Anthologie), Gallimard, 1999

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1086

MERCREDI 26 AVRIL

DÉRAPAGE

Contre toute attente
– subitement –
de bouches, que je croyais
respectueuses,
tombent des mots
barbelés d’intolérance.

Douloureuse, la déception
m’étrangle,
me brusque
et me plante sa lame
en pleine naïveté.

Guillaume RIOU (né en 1977)

[Texte découvert sur le site « Poussière Virtuelle », voir le lien ci-dessous]
https://poussiere-virtuelle.com/2015/07/

UN JOUR, UN TEXTE # 1085

MARDI 25 AVRIL

25 AVRIL

Voici l’aube que j’ai tant attendue
Le jour initial entier et pur
Où nous émergeons de la nuit et du silence
Et libres nous habitons la substance du temps

Sophia de MELLO BREYNER ANDRESEN (1919-2004)
Anthologie de la poésie portugaise contemporaine (1935-2000), Gallimard, 2003
Traduit du portugais par Michel Chandeigne

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1084

LUNDI 24 AVRIL

NOTE XVII

entre autres choses / la défaite
est source de toute humilité / elle confirme
l’humilité des compagnons qui
sont tombés pour le peuple / en l’aimant

compagnons tout salis de sang
qui ont compris qui ont souffert /
dans la mémoire bien couchés
pour continuer à chercher la lumière

Juan GELMAN (1930-2014)
Notes (1978-1979) in Vers le sud, Gallimard, 2012

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1083

DIMANCHE 23 AVRIL

LA TRISTESSE DU FIGUIER (extrait)

J’ai souvent pensé à ceci :

Il doit encore bien exister quelque part dans le monde
Des fragments de silence
Dont l’homme ne s’est jamais approché.

Quelques fragments,
Cachés peut-être tout au fond d’un puits perdu

Ou sur les parois d’une caverne profonde
Et encore inexplorée.

En quelque sorte des lambeaux,
Des fragments de ce qui pourrait être du silence originel

Dont seuls quelques insectes minuscules
Partageraient les secrets.

Et je me dis parfois que penser ainsi n’est pas bon,
Et qu’il n’y a que les poètes pour se nourrir de hasard, de coïncidences et de riens…

Yves NAMUR (né en 1952)
La Tristesse du figuier, Lettres Vives, 2012

[Texte découvert sur le site « La Bouche à Oreilles », voir le lien ci-dessous]
https://laboucheaoreilles.wordpress.com/tag/yves-namur/

UN JOUR, UN TEXTE # 1082

SAMEDI 22 AVRIL

CHANSON

Lorsque la lune vient pleurer
Sur les tombes des fleurs fidèles
Mon souvenir vient t’effleurer
Dans un enveloppement d’ailes.

Il se fait tard, tu vas dormir
Les paupières déjà mi-closes…
Dans l’air des nuits on sent frémir
L’agonie ardente des roses –

Sur ton front lourd d’accablement
Tes cheveux font de légers voiles…
Dans le ciel brûle infiniment
La flamme blanche des étoiles –

Et la Déesse du Sommeil
De ses mains lentes fait éclore
Des fleurs qui craignent le soleil
Et qui meurent avant l’aurore –

Renée VIVIEN (1877-1909)
Poèmes retrouvés ?

[Texte découvert sur le site « Poésie française », voir le lien ci-dessous]
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/renee_vivien/chanson.html

UN JOUR, UN TEXTE # 1081

VENDREDI 21 AVRIL

UN JOUR

Il y aura autre chose que le jour
Une chose plus franche, que l’on appellera le Jodel
Une encore, translucide comme l’arcanson
Que l’on s’enchâssera dans l’oeil d’un geste élégant
Il y aura l’auraille, plus cruel
Le volutin, plus dégagé
Le comble, moins sempiternel
Le baouf, toujours enneigé
Il y aura le chalamondre
L’ivrunini, le baroïque
Et tout un planté d’analognes
Les heures seront différentes
Pas pareilles, sans résultat
Inutile de fixer maintenant
Le détail précis de tout ça
Une certitude subsiste : un jour
Il y aura autre chose que le jour.

Boris VIAN (1920-1959)
Je voudrais pas crever, Jean-Jacques Pauvert, 1962

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1080

JEUDI 20 AVRIL

JE TE L’AI DIT

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’œil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.

Paul ÉLUARD (1895-1952)
L’Amour la poésie, Gallimard, 1929

[Source : lecture personnelle]