UN JOUR, UN TEXTE # 1087

JEUDI 27 AVRIL

J’ÉTAIS

J’étais polaire, j’étais une mort,
J’étais le grand courant, les principes
j’étais les ondes, le choc
J’étais le faisceau rouge, la vallée
J’étais le vent et des paillettes
J’étais des écritures, le fond d’une caverne
j’étais des agitations, du soleil,
J’étais des formes de vie, des éléments, des surfaces, des mondes
J’étais la petite musique, l’inédit ‘étais un vieux chien
J’étais la rosée, un temple, du cristal, une fleur magique
J’étais un nom
J’étais une halte dans le silence
J’étais le hasard de la vie
J’étais un rêve dans un rêve, un lieu d’éternité
J’étais le labyrinthe du cœur
J’étais le temps mouillé, des regards, une personne
J’étais le lichen, les rochers
J’étais la lutte, l’immensité
J’étais seul et voilé dans les ravins de lune
J’étais serpent, gardien de la pureté
J’étais la peau tendue, les mains, les sons, les écumes, les transes sauvages
J’étais une lettre mystérieuse effacée sur une pierre
J’étais un inconnu marchant vers le nord
J’étais parmi les cris ‘étais dans les images
J’étais la cendre d’un feu de plaine
J’étais une pente
J’étais une rage soudaine
J’étais un déferlement barbare, dévastateur
J’étais des voyages étais des ponts étais des escales étais des bruits
J’étais du sang, une chaleur divine, un animal
J’étais quelqu’un sur une table d’urgence, oublié
J’étais un caillou roulé depuis la mer
J’étais un arbre arraché à l’horizon, jaune
J’étais un peintre, les pays baltes
J’étais un nombre étrange
J’étais résonance, atome
J’étais un cavalier noir brûlant les infidèles
J’étais un vieil homme avec un violon
J’étais une tache de lumière sur une table
J’étais une main qui travaillait
J’étais un aveugle cherchant une rue
J’étais des femmes, des apparitions, des pensées
J’étais un mur blanc avec des odeurs de pain
J’étais la rumeur, l’escorte d’un prisonnier
J’étais enfui
J’étais une maison, la vie des gens
J’étais un champ avec des cavaliers fantômes
J’étais un vol brisé, une chute, une promesse inestimable,
inaccomplie étais une espérance, une lucidité, un pari étais irrespirable
J’étais ce que la flamme est à la bougie
J’étais porté disparu étais le fruit dans un fruit
Jétais un partisan de l’univers étais un nomade assis près d’un chameau
J’étais une figurine imaginaire tracée par des mains hésitantes
J’étais l’enfant dansant son agonie sur les sables de l’infamie
J’étais un des pas de la malédiction étais des rendez-vous
J’étais des plantes miraculées
pétais la poussière tombée des icônes
J’étais des rencontres
J’étais des langues savantes, inusitées
J’étais un tunnel
J’étais des espaces grandioses, inaccessibles
J’étais debout parmi mes frères
J’étais aux origines du monde
J’étais les fugitives présences qui passent
J’étais les appels
J’étais les ombres muettes
J’étais le froid dans un homme qui s’approche du feu
J’étais la pluie sur un visage
J’étais l’histoire de quelqu’un
J’étais l’ignorance
J’étais étalé et coupable
J’étais visité
J’étais la nuit, une antilope, un piège
J’étais un retour
J’étais la route, l’or, les terres lointaines
J’étais les crabes, l’océan indien
J’étais une cérémonie, une clairière
J’étais ce qui se débat loin de nous
J’étais des questions
J’étais les pierres blanches, immaculées
J’étais les expériences, les résultats, les solutions
J’étais une souffrance et des animaux qui venaient boire
J’étais l’ennui, les planètes

J’étais ainsi.

Yves BUIN (né en 1938)
Orphée Studio – Poésie d’aujourd’hui à voix haute (Anthologie), Gallimard, 1999

[Source : lecture personnelle]

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