UN JOUR, UN TEXTE # 1140

LUNDI 19 JUIN

REMORDS

Ce sont des choses infimes : les
fenêtres qui battent au vent,
des suspensions de phrases dans
le souvenir d’un désir,
les cheveux dénoués
avec l’interrupteur qui
rétablit la lumière. Mais
c’est cela dont tu te souviens quand
il semble ne plus rien
avoir alentour de toi ; et la nuit,
qui pouvait t’envelopper
dans le linceul froid du silence
ultime, oublie que tu
existes. Alors, tu déroules
les images à l’intérieur de toi,
comme si tu pouvais encore vivre
chacune d’elles. Tu ne dors pas :
mais ce n’est que lorsque la lumière de l’aube
te rappellera qu’il fait jour,
et que tes paupières seront lourdes comme le
plomb, que tu pleureras
les heures blanches, le goût acide
du ressac, et l’amour que tu as perdu
dans l’hésitation d’une étreinte.

Nuno JÚDICE (né en 1949)
Anthologie de la poésie portugaise contemporaine (1935-2000), Gallimard, 2003
Traduit du portugais par Michel Chandeigne

[Source : lecture personnelle]

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