UN JOUR, UN TEXTE # 1501

VENDREDI 15 JUIN 2018

PATERSON (extrait)

Le feu brûle ; c’est la première loi.
quand le vent l’attise, ses flammes

s’étendent alentour. La parole
attise les flammes. Tout a été combiné

pour qu’écrire vous
consume, et pas seulement de l’intérieur.

En soi écrire n’est rien ; se mettre
en condition d’écrire (c’est là

qu’on est possédé) équivaut à résoudre 90%
du problème : par la séduction

ou à la force des bras. L’écriture
devrait nous délivrer, nous

délivrer de ce qui, tandis
que nous progressons, devient — un feu,

un feu destructeur. Car l’écriture
vous agresse aussi, et il faut

trouver le moyen de la neutraliser — si possible
à la racine. C’est pourquoi,

pour écrire, faut-il avant tout (à 90%)
vivre. Les gens y

veillent, non pas en réfléchissant mais
par une sous-réflexion (ils cherchent

à s’aveugler pour mieux pouvoir
dire : Nous sommes fiers de vous !

Quel don extraordinaire ! Comment trouvez-
vous le temps nécessaire, vous

qui êtes si occupé ? Ça doit être
merveilleux d’avoir un tel passe-temps.

Mais vous avez toujours été un drôle
de bonhomme. Comment va votre mère ?)

— La violence du cyclone, le feu
le déluge de plomb et enfin
le prix —

Votre père était si gentil.
Je me souviens très bien de lui.

William Carlos WILLIAMS (1883-1963)
Paterson (1963), José Corti, 2005
Traduit de l’américain par Yves di Manno

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir le lien ci-dessous]
https://www.babelio.com/auteur/William-Carlos-Williams/99437/citations

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