UN JOUR, UN TEXTE # 1575

LUNDI 27 AOÛT 2018

L’HOMME NOIR (extrait)

Sur le lac s’est tissé la pourpre du couchant.
Les tétras dans les bois sanglotent en tintant.

Quelque part dans un tronc c’est un loriot qui pleure.
Moi seul ne pleure pas : il fait clair dans mon coeur.

Je sais que tu viendras par le sentier ce soir,
Dans les meules fraîches nous irons nous asseoir.

Je t’embrasserai et te froisserai comme une fleur.
Méprisant les ragots car grisé de bonheur.

Et ton voile de soie tombé sous mes caresses,
Tu vas dans les buissons partager mon ivresse.

Les tétras peuvent bien tinter en sanglotant,
Joyeuse est la tristesse pourpre du couchant.

Sergueï ESSENINE (1895-1925)
L’Homme noir (Poèmes : 1910-1925), Circé, 2005
Traduit du russe par Henri Abril

[Texte découvert sur le site « Babelio », voir le lien ci-dessous]
https://www.babelio.com/livres/Essenine-LHomme-noir-1910-1925/30724/citations

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