Mois: décembre 2018

UN JOUR, UN TEXTE # 1691

VENDREDI 21 DÉCEMBRE 2018

MARIÉES REBELLES (extrait)

[…]

Mais ce soir je le touche      et mon visage
est tourné vers       l’avenir en ruine
et j’ai la main posée sur son torse     je veux
croire     qu’avec un peu de chance dehors
il neige à cet instant     où nous sommes encore en vie
et apprenons ceci :     Que l’amour meurt lentement
mais il meurt    et que ce qu’il laisse dans son sillage
ressemble trait pour trait à l’amour

Laura KASISCHKE (née en 1961)
Mariées rebelles, Seuil, 2017.
Traduit de l’américain par Céline Leroy

[Texte découvert sur le blog « la marche aux pages », voir le lien ci-dessous]
http://la-marche-aux-pages.blogspot.com/2018/12/le-poeme-du-jeudi-83.html

UN JOUR, UN TEXTE # 1690

JEUDI 20 DÉCEMBRE 2018

LA DOULEUR
pour Gérald Neveu

souviens-toi souviens toi de nos minuits déserts
souviens-toi de l’enfant chassé de son enfance
souviens-toi de l’enfant qui écorchait son ombre
et n’oublie pas non plus nos traversées fantômes

souviens-toi souviens toi des nuits battues à mort
et souviens-toi du butin tiède des blessures
qu’on ramenait le soir dans le fond de ta chambre
où tu cachais un grand miroir de fin du monde

et n’oublie pas non plus nos barbaries secrètes
n’oublie pas la figure que je traînais si mal
et que les hommes gris prenaient pour mon visage

n’oublie pas ces nuits blanches sans corps et sans alcool
et n’oublie pas et n’oublie pas que malgré tout
je crois encore aux cerisiers de l’avalanche

Tristan CABRAL (né en 1944)
Le Passeur de silence, La Découverte, 1986

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1688

MARDI 18 DÉCEMBRE 2018

À UNE FEMME

Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

Victor HUGO (1802-1885)
Les Feuilles d’automne, 1831

[Texte découvert sur le site « POESIE FRANÇAISE », voir le lien ci-dessous]
https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/a_une_femme

UN JOUR, UN TEXTE # 1686

DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018

POUR SURVIVRE À TOUT CE QUI NE BOUGE PAS

Parce que sous le lisse des jours
les crevasses fatales de silences
les abysses de manques
les tempêtes insaisissables
tu le sais

Parce que dans le fixe des jours
la dévoration des corps du vivant
le déni des corps du vivant
la soumission des corps du vivant
a cours
et tu le sais
depuis la paume de ta main
jusqu’à l’inavouable de tes rêves

Il te faudra faire chair avec ton cœur
à chaque doigt porter ton visage poser
des gestes qui éclairent bercent tissent
gestes braves

Qui construisent ta peau
chorégraphiée par l’air
depuis l’intérieur
au plus intime le mouvement
en toi demeure

Il te faudra te reconnaître
un mot à la fois
faire tri
du bancal
trouver le simple
moi aussi
je te crois
moi aussi
j’existe encore
debout
moi aussi
je refuse
moi aussi
je ne laisserai pas
moi aussi
encore là
moi aussi
cet espace
moi aussi
je le prends
moi aussi
je répète et je l’ose
moi aussi
un léger déplacement
moi aussi
une violence de moins
moi aussi
plus forte avec toi

comme un poème

Marie-Paule GRIMALDI (née en 1980)
Lame crépuscule, Rodrigol, 2014

[Texte découvert sur le site « TOUT À COUP LA POÉSIE », voir le lien ci-dessous]
http://www.toutacouplapoesie.ca/mariepaule-grimaldi

UN JOUR, UN TEXTE # 1685

SAMEDI 15 DÉCEMBRE 2018

LA CARAPACE (extrait)

Les sutures du ciel s’ouvrent
Et j’étreins la nuit
Empreinte d’algues amères
Chues des récifs perdus
Je déclamerai encore
Le chant rauque des ténèbres
Jusqu’à l’épuisement
Des fibres de la nuit
Je chanterai jusqu’à l’extinction
Des orgues nébuleuses
Jusqu’à estomper tous les bruits
Ophtalmiques
Je chanterai jusqu’au moment
Où l’aube pourchassera
La dernière étoile
« Assumerai-je la cruelle destinée
De vivre dans ma peau provisoire
Ou aurai-je un strapontin
Sur une branche d’étoile ? »
Mais le chant enfui de mes lèvres
Attarde ses arpèges
Sur une combustion d’aérolithes.

Tahar DJAOUT (1954-1993)
Les rets de l’oiseleur, ENAG Éditions, 1984

[Texte découvert sur le site « Mediterraneans », voir le lien ci-dessous]
http://mediterraneans.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/Mediterraneans_04_18.pdf

UN JOUR, UN TEXTE # 1682

MERCREDI 12 DÉCEMBRE 2018

MAIS NOUS SERONS BIEN UN OU DEUX

Le monde usé jusqu’à la corde
Découvre son envers hideux
Et l’univers se désaccorde
Mais nous serons bien un ou deux
Pour ne pas nous soucier des hordes
Et pour lever encor les yeux.

Jean WAHL (1888-1974)
in La Résistance et ses poètes, Seghers, 1974

[Source : lecture personnelle]