UN JOUR, UN TEXTE # 1753

JEUDI 21 FÉVRIER 2019

NOCTURNAL (extrait)

L’homme qui marche, marche sans se préoccuper de garder une mémoire de sa marche. Il est tout entier dans un mouvement qui s’efface au fur et à mesure qu’il se produit. Et l’homme qui ainsi marche est heureux du mouvement qu’il donne à son corps.

L’homme qui écrit, lui, est tout entier dans le mouvement de son écriture, il est, lorsque cette écriture coule de lui avec aisance, heureux dans le mouvement de cette écriture, mais l’homme qui écrit ne se contente pas du bonheur de tracer, il veut conserver cette trace, il veut la faire partager, pire, il veut qu’elle survive au néant qu’il deviendra. Cela est-il sage ?

Peut-on imaginer – Dante n’y a pas pensé -, si l’enfer existait, supplice plus cruel qu’un écrivain condamné à écrire, jusqu’à la fin des temps, en voyant son texte s’effacer au fur et à mesure qu’il le trace ?

René PONS (né en 1932)
Nocturnal, Rhubarbe, 2013

[Texte découvert sur le site « La Bouche à Oreilles », voir le lien ci-dessous]
https://laboucheaoreilles.wordpress.com/2018/08/23/deux-extraits-de-nocturnal-de-rene-pons/

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