UN JOUR, UN TEXTE # 1758

MARDI 26 FÉVRIER 2019

LE CONDAMNÉ À VIVRE

Je cherche au fond de moi ce qu’y cacha la vie
quand elle me prit aux mains de ses yeux de pleureuse,
peut-être a-t-elle jeté l’existence de nuit
dont un cœur d’homme ne sent que la part malheureuse ?
C’est sûrement un sort qu’elle me mit dans la main
avec le don de vivre et de souffrir sans masque,
car le bonheur, dit-elle, n’a pas de nom humain,
il ne respire pas encagé dans un cœur,
c’est un oiseau malade d’être trop voyageur
et le toucher serait lui retirer son vol.
Et quand on l’imagine on sent qu’il est trop loin,
qu’il s’est cassé le cœur dans ses efforts de vivre,
qu’il ne marquera plus les pages d’aucun livre
et ne traduira plus la comédie du cœur.

Depuis longtemps il fait le jeu d’une autre vérité,
c’est une étoile déracinée de ses désirs…

Jean-Pierre DUPREY (1930-1959)
Derrière son double (Œuvres complètes), Gallimard, 1999

[Source : lecture personnelle]

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s