UN JOUR, UN TEXTE # 2080

MARDI 14 JANVIER 2020

PREMIÈRE NUIT NOIRE (extrait)

Auriez-vous aimé voir Cléopâtre mourante son désastre
Assoupi cette tristesse lente dans les hanches inclinées
Le bel aveu d’amour pour le hasard ou pour la pluie pour
Le glaive oublié les mains ouvertes de la pluie caressant
Le casque de César et ce baiser cassé l’impossible désir
Se retournant comme l’effroi du Sphinx figé en sable
Le souvenir là-bas de ce pâtre de Thessalie de cette claire
Fontaine d’hier osée de cette moue la bouche assassinée
Auriez-vous eu peut-être un secret en commun une larme
Une rose couchée dans la boue comme on s’abandonna
À cet effroi figé sur le visage de celle qui tombait lente
Comme un cil quand le sommeil descend dans le sang
Auriez-vous su répondre à la question qu’elle se posait
Juste après le poison dans la nuit foudroyée quand l’eau
Se mêlait au sel et se voilait déjà la face déchirée le son
Gisant au bord du silence l’instant d’avant que la mouche
Se pose Elle c’était son épaule qui vous ployait les reins
Ce moment blanc où l’on entend que même une reine peut
Mourir d’amour Mais auriez-vous cru Cléopâtre l’œil d’or
Prête à dormir obscure dans cette clarté noire de l’amour
Dans l’épouvante dans la lente espérance du désert où vont
Nos nuits perdues

Alain DUAULT (né en 1949)
Où vont nos nuits perdues, Gallimard, 2002

[Source : lecture personnelle]

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