UN JOUR, UN TEXTE # 2088

MERCREDI 22 JANVIER 2020

LE GRAND CHANT

Je n’ai plus de chansons d’amour.
J’ai tout jeté par la fenêtre.
En compagnie du langage
je suis resté, et le monde s’élucide.

De la mer j’ai gardé l’onde meilleure
qui est moins changeante que l’amour.
Et de la vie, j’ai gardé la douleur
de tous ceux qui souffrent.

Je suis un homme qui a tout perdu,
mais qui a créé la réalité,
brasier d’images, dépôt
de choses qui jamais n’explosent.

De tout je désire l’essentiel :
l’aqueduc d’une ville,
la route du littoral,
le reflux d’un mot.

Loin des cieux, même des cieux proches,
et près des confins de la terre,
me voici. Ma chanson
affronte l’hiver, elle existe concrètement.

Mon cœur bat
sa chanson du plus grand amour.
Il bat pour toute l’ humanité,
en vérité je ne suis pas seul.

Je puis maintenant me faire comprendre
et je sais que le monde est très grand.
Par la main, les mots me conduisent
à des géographies absolues.

Lêdo IVO (1924-2012)
in revue Équivalences (n°3), Poèmes Brésiliens, 1972
Traduit du portugais par Robert Massart

[Texte découvert sur le site « beauty will save the world », voir le lien ci-dessous]
https://schabrieres.wordpress.com/2020/01/25/ledo-ivo-le-grand-chant/

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