UN JOUR, UN TEXTE # 1192

JEUDI 10 AOÛT

UNE CHANSON DÉSESPÉRÉE

Ton souvenir surgit de la nuit où je suis.
La rivière à la mer noue sa plainte obstinée.

Abandonné comme les quais dans le matin.
C’est l’heure de partir, ô toi l’abandonné !

Des corolles tombant, pluie froide sur mon cœur.
Ô sentine de décombres, grotte féroce au naufragé !

En toi se sont accumulés avec les guerres les envols.
Les oiseaux de mon chant de toi prirent essor.

Tu as tout englouti, comme fait le lointain.
Comme la mer, comme le temps. Et tout en toi fut un naufrage !

De l’assaut, du baiser c’était l’heure joyeuse.
lueur de la stupeur qui brûlait comme un phare.

Anxiété de pilote et furie de plongeur aveugle,
trouble ivresse d’amour, tout en toi fut naufrage !

Mon âme ailée, blessée, dans l’enfance de brume.
Explorateur perdu, tout en toi fut naufrage !

Tu enlaças la douleur, tu t’accrochas au désir.
La tristesse te renversa et tout en toi fut un naufrage !

Mais j’ai fait reculer la muraille de l’ombre,
j’ai marché au-delà du désir et de l’acte.

Ô ma chair, chair de la femme aimée, de la femme perdue,
je t’évoque et je fais de toi un chant à l’heure humide.

Tu reçus l’infinie tendresse comme un vase,
et l’oubli infini te brisa comme un vase.

Dans la noire, la noire solitude des îles,
c’est là, femme d’amour, que tes bras m’accueillirent.

C’était la soif, la faim, et toi tu fus le fruit.
C’était le deuil, les ruines et tu fus le miracle.

Femme, femme, comment as-tu pu m’enfermer
dans la croix de tes bras, la terre de ton âme.

Mon désir de toi fut le plus terrible et le plus court,
le plus désordonné, ivre, tendu, avide.

Cimetière de baisers, dans tes tombes survit le feu,
et becquetée d’oiseaux la grappe brûle encore.

Ô la bouche mordue, ô les membres baisés,
ô les dents affamées, ô les corps enlacés.

Furieux accouplement de l’espoir et l’effort
qui nous noua tous deux et nous désespéra.

La tendresse, son eau, sa farine légère.
Et le mot commencé à peine sur les lèvres.

Ce fut là le destin où allait mon désir,
où mon désir tomba, tout en toi fut naufrage !

Ô sentine de décombres, tout est retombé sur toi,
toute la douleur tu l’as dite et toute la douleur t’étouffe.

De tombe en tombe encore tu brûlas et chantas.
Debout comme un marin à la proue d’un navire.

Et tu as fleuri dans des chants, tu t’es brisé dans des courants.
Ô sentine de décombres, puits ouvert de l’amertume.

Plongeur aveugle et pâle, infortuné frondeur,
explorateur perdu, tout en toi fut naufrage !

C’est l’heure de partir, c’est l’heure dure et froide
que la nuit toujours fixe à la suite des heures.

La mer fait aux rochers sa ceinture de bruit.
Froide l’étoile monte et noir l’oiseau émigre.

Abandonné comme les quais dans le matin.
Et seule dans mes mains se tord l’ombre tremblante.

Oui, bien plus loin que tout. Combien plus loin que tout.

C’est l’heure de partir. Ô toi l’abandonné.

Pablo NERUDA (1904-1973)
Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, Éditeurs français réunis, 1970
Traduit de l’espagnol par André Bonhomme et Jean Marcenac

[Source : lecture personnelle]

La version originale :

LA CANCIÓN DESESPERADA

Emerge tu recuerdo de la noche en que estoy.
El río anuda al mar su lamento obstinado.

Abandonado como los muelles en el alba.
Es la hora de partir, oh abandonado !

Sobre mi corazón llueven frías corolas.
Oh sentina de escombros, feroz cueva de náufragos !

En ti se acumularon las guerras y los vuelos.
De ti alzaron las alas los pájaros del canto.

Todo te lo tragaste, como la lejanía.
Como el mar, como el tiempo. Todo en ti fue
naufragio!

Era la alegre hora del asalto y el beso.
La hora del estupor que ardía como un faro.

Ansiedad de piloto, furia de buzo ciego,
turbia embriaguez de amor, todo en ti fue naufragio !

En la infancia de niebla mi alma alada y herida.
Descubridor perdido, todo en ti fue naufragio !

Te ceñiste al dolor, te agarraste al deseo.
Te tumbó la tristeza, todo en ti fue naufragio !

Hice retroceder la muralla de sombra,
anduve más allá del deseo y del acto.

Oh carne, carne mía, mujer que amé y perdí,
a ti en esta hora húmeda, evoco y hago canto.

Como un vaso albergaste la infinita ternura,
y el infinito olvido te trizó como a un vaso.

Era la negra, negra soledad de las islas,
y allí, mujer de amor, me acogieron tus brazos.

Era la sed y el hambre, y tú fuiste la fruta.
Era el duelo y las ruinas, y tú fuiste el milagro.

Ah mujer, no sé cómo pudiste contenerme
en la tierra de tu alma, y en la cruz de tus brazos !

Mi deseo de ti fue el más terrible y corto,
el más revuelto y ebrio, el más tirante y ávido.

Cementerio de besos, aún hay fuego en tus tumbas,
aún los racimos arden picoteados de pájaros.

Oh la boca mordida, oh los besados miembros,
oh los hambrientos dientes, oh los cuerpos trenzados.

Oh la cópula loca de esperanza y esfuerzo
en que nos anudamos y nos desesperamos.

Y la ternura, leve como el agua y la harina.
Y la palabra apenas comenzada en los labios.

Ése fue mi destino y en él viajó mi anhelo,
y en él cayó mi anhelo, todo en ti fue naufragio !

Oh sentina de escombros, en ti todo caía,
qué dolor no exprimiste, qué olas no te ahogaron.

De tumbo en tumbo aún llameaste y cantaste
de pie como un marino en la proa de un barco.

Aún floreciste en cantos, aún rompiste en corrientes.
Oh sentina de escombros, pozo abierto y amargo.

Pálido buzo ciego, desventurado hondero,
descubridor perdido, todo en ti fue naufragio!

Es la hora de partir, la dura y fría hora
que la noche sujeta a todo horario.

El cinturón ruidoso del mar ciñe la costa.
Surgen frías estrellas, emigran negros pájaros.

Abandonado como los muelles en el alba.
Sólo la sombra trémula se retuerce en mis manos.

Ah más allá de todo. Ah más allá de todo.

Es la hora de partir. Oh abandonado !

UN JOUR, UN TEXTE # 1191

MERCREDI 9 AOÛT

LA VIE

Le passé n’est pas, mais il peut se peindre,
Et dans un vivant souvenir se voir ;
L’avenir n’est pas, mais il peut se feindre
Sous les traits brillants d’un crédule espoir.
Le présent seul est, mais soudain s’élance
Semblable à l’éclair, au sein du néant.
Ainsi l’existence est exactement
Un espoir, un point, une souvenance.

Jules VERNE (1828-1905)
?

[Texte découvert sur le site « Un jour Un poème », voir le lien ci-dessous]
http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/la-vie-5

UN JOUR, UN TEXTE # 1190

MARDI 8 AOÛT

Encore combien de fois faudra-t-il dire
Ce qu’on a dit et redit maintes fois ?
Combien de fois encore rêver d’un langage
Non asservi aux mots comme en ces jours
Où tout tremblant d’un timide désir
On n’avait soif que d’étreintes silencieuses
Qui comblent mieux que les plus graves échanges ?
Faut-il que soit sans cesse à recommencer
Ce qu’on cherche et n’arrive jamais à saisir ?
Peut-être qu’y renoncer serait plus sage
Mais raison et folie luttent à forces égales
Sans qu’aucune des deux ne l’emporte sur l’autre.
L’esprit aspire-t-il si peu au repos
Qu’il fasse de ce combat stérile un jeu
Dont chaque partie ne se gagne qu’en perdant ?
Quel mouvement l’agite et quel autre l’arrête
Au moment où il s’apprête à bondir ?
Serait-ce au-delà d’interminables ambages
Toucher le port son unique obsession
Il y a encore trop de brume qui l’aveugle
Rien pour le guider que des signes dans le vide
Porteurs de messages toujours en souffrance
S’ils dérivent sans atteindre leur destinataire
Comme lancés chaque fois d’une main hésitante
Est-ce à dire qu’ils ne demandent pas de réponse ?
Trouver la formule pour sortir de l’impasse
Et au plus vite, le salut est à ce prix
Mais autant attendre de la nuit qu’elle éclaire
La voie étroite par où aborder au port.

Louis-René DES FORÊTS (1918-2000)
Poèmes de Samuel Wood, Fata Morgana, 1986

[Texte découvert sur le site « La Bouche à Oreilles », voir le lien ci-dessous]
https://laboucheaoreilles.wordpress.com/2016/02/

UN JOUR, UN TEXTE # 1189

LUNDI 7 AOÛT

L’ÉTAT ACTUEL DES CHOSES (extrait)

La pesante pression d’un ciel épaissi dans les gris
– une tombée d’étincelles toute à la légèreté même.
Il neige.
Le ciel – enfin – peut devenir blanc et recouvrir la terre.
Marcher dans la neige comme dans un baiser.

Le cœur du cœur de l’hiver

Nous savons qu’il y a un juste équilibre à trouver à tenir à rétablir dehors dedans encore et encore à l’avenir, jusqu’au moment où – son appui se trouve

Nous vivons dans plusieurs espaces

L’amour peut tout ? Tant d’occasions d’hésiter. Rien ne peut en faire douter.

Nous vivons dans plusieurs espaces à la fois. Le vrai, et tous les autres. Notre dimension résulte de l’ensemble.

Il y a tout ce que nous sommes et tout ce que l’on donne. C’est pareil, et ce n’est pas pareil.

Nous en savons plus long que ce que nous voulons bien savoir.

La juste correspondance des sentiments élémentaires se réapprend tant de fois et ne s’oublie jamais.

Toutes les physiques sont vraies – elles nous disent toutes quelque chose de notre mouvement inné.

Aucune raison ne pourra jamais expliquer l’origine de la vie. Comment une raison pourrait-elle dire toute sa merveille ? Cela n’a pas de sens.

Nous ne pouvons pas vivre instant après instant. Tout nous l’interdit. Et nous ne pouvons vivre qu’ainsi. Vivant de tout instant.

Il faut être calme. Et si nous ne le sommes pas ? Admettre de retrouver son calme. Chasser une troublante agitation.

La vue ne se dégage pas quand on veut.

Oui, il faut choisir. Et pourtant ce n’est pas une affaire de choix. Suivre notre trajectoire, ce n’est rien d’autre.

S’éparpiller, se rassembler, c’est le mouvement de la vie même – régulier – prenant de l’ampleur : s’éparpiller plus loin pour se rassembler plus près, plus près du cœur.

Il ne tient qu’à nous d’appuyer notre front contre le soleil.

Être hors de soi : il n’y a pas d’autre façon d’être.

Sentir, soutenir notre prolongement dans tous les signes avenants.

Tenir à la vie.

Eugénie PAULTRE (née en 1980)
L’état actuel des choses, Al Manar, 2012

[Texte découvert sur le site « Recours au poème », voir le lien ci-dessous]
http://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/eug%C3%A9nie-paultre

UN JOUR, UN TEXTE # 1188

DIMANCHE 6 AOÛT

L’INFINI

J’ai toujours aimé cette colline à l’écart
Et cette haie qui de tous côtés
Cache la vue de l’horizon lointain.
Mais m’assoyant et méditant, je m’invente
Par la pensée d’interminables espaces
Au-delà, et de surhumains silences,
Et une très profonde paix ; où pour un peu
Mon cœur s’effraierait. Et comme j’entends
Frémir le vent dans ce feuillage,
Je me mets à comparer à sa voix
Ce silence infini ; et je me rappelle
L’éternité, et les saisons mortes, et celle-ci,
Présente, et vive, et bruissante. Ainsi
Dans cette immensité sombre ma pensée
Et m’abîmer m’est doux dans cette mer.

Giacomo LEOPARDI (1798-1837)
Poème écrit en 1819 et figurant dans le recueil Canti paru en 1835
Traduit de l’italien par Robert Melançon pour la revue Contre-jour (N°12, printemps 2007)

[Texte découvert sur le site de la revue « érudit », voir le lien ci-dessous]
https://www.erudit.org/fr/revues/cj/2007-n12-cj1004417/421ac.pdf

La version originale :

L’INFINITO

Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s’annega il pensier mio;
E il naufragar m’è dolce in questo mare.

UN JOUR, UN TEXTE # 1187

SAMEDI 5 AOÛT

À GEORGES SAND (IV)

Il faudra bien t’y faire à cette solitude,
Pauvre cœur insensé, tout prêt à se rouvrir,
Qui sait si mal aimer et sait si bien souffrir.
Il faudra bien t’y faire ; et sois sûr que l’étude,

La veille et le travail ne pourront te guérir.
Tu vas, pendant longtemps, faire un métier bien rude,
Toi, pauvre enfant gâté, qui n’as pas l’habitude
D’attendre vainement et sans rien voir venir.

Et pourtant, ô mon cœur, quand tu l’auras perdue,
Si tu vas quelque part attendre sa venue,
Sur la plage déserte en vain tu l’attendras.

Car c’est toi qu’elle fuit de contrée en contrée,
Cherchant sur cette terre une tombe ignorée,
Dans quelque triste lieu qu’on ne te dira pas.

Alfred DE MUSSET (1810-1857)
Poésies posthumes, 1888

[Texte découvert sur le site « Poésie française », voir le lien ci-dessous]
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alfred_de_musset/a_george_sand_iv.html

UN JOUR, UN TEXTE # 1186

VENDREDI 4 AOÛT

Quelques visages demeurent
comme reflets sur l’eau
de ceux qui vers nous jadis
se penchèrent,
pour nous parler, pour chercher dans nos yeux
un accord, une promesse

– si clairs, si nets
que l’on s’étonne
de ce ciel vide entre les arbres
et, sur le pont,
de la seule poussière.

D’autres encore tremblent par temps de brume,
se brouillent, se disloquent,
insaisissables presque :
ombres d’ombres pour nos regards.

Et tant d’autres nous abandonnent,
mêlés, sans nom, au plus noir de la terre.
Pour eux nous n’avons plus ni lampe ni mémoire.

Jean JOUBERT (1928-2015)
État d’urgence, Fin de siècle, Editinter, 2008

[Texte découvert sur le site « La pierre et le sel », voir le lien ci-dessous]
http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2013/03/jean-joubert-un-po%C3%A8te-aux-deux-rives.html

UN JOUR, UN TEXTE # 1185

JEUDI 3 AOÛT

DE SANG ET DE LUMIÈRE (extrait)

Il y a cet arbre sur la terre d’Afrique,
À quelques pas de la grève,
Qui sait, depuis longtemps, ce qu’est le goût du sang.
Il y a cet arbre,
D’une immobilité souveraine,
Que vous regardez.
C’est un colosse
Qui a traversé les siècles.
Les guerres ne l’ont pas déraciné,
Le temps ne l’a pas asséché.
Vous le trouvez beau,
Mais vous vous trompez.
Lui, comme tous les autres, choisis ça et là, le long de la côte, pour leur circonférence et leurs branches majestueuses,
Sont les arbres de l’oubli.
Approchez-vous.
Quelque chose manquera si vous ne vous arrêtez pas.
Quelque chose fera défaut si vous ne vous asseyez pas à ses pieds.
Déjà, il vous paraît plus laid, et vous avez raison.
Asseyez-vous.
Le vent tourne.
Un sifflement nouveau court à ras de terre,
Vous avez peur
Mais votre curiosité est piquée et vous restez là où vous êtes.
Regardez encore,
La terre frémit sous vos pieds, Des ombres apparaissent et s’effacent avant que vous ayez pu les héler.
Elles hésitent, reculent.
Des gémissements montent des pierres qui jalonnent le chemin.
Écoutez,
Tout bruisse et se tord comme si le vent voulait accoucher d’êtres de chair.
Et puis une silhouette, enfin, apparaît,
La voyez-vous ?
Elle est plus nette que les autres.
Elle se dirige vers vous,
Lentement.
Ne bougez pas.
Elle traîne les pieds,
Épuisée,
Les chairs en sang.
C’est un homme,
Regardez-le bien,
D’autres viennent derrière lui,
L’arbre, à tous, leur a mangé la mémoire.
Depuis, ils claudiquent, grognent, cherchent la langue dans laquelle ils parlaient, ne se souviennent et gémissent à nouveau.
Et puis, enfin, un d’entre eux frappe le tronc,
Geste lent comme la rage des pierres,
Et dans l’air du soir,
Les étoiles tombent
Et les souvenirs aussi.

Laurent GAUDÉ (né en 1972)
De sang et de lumière, Actes Sud, 2017

[Source : lecture personnelle]

UN JOUR, UN TEXTE # 1184

MERCREDI 2 AOÛT

RÉVÉLATION

Bien cachés au fond de nous-mêmes,
Derrière le paravent des paroles légères et trompeuses,
Nous attendons, le cœur agité
Que l’autre, enfin, nous découvre.

Qu’il serait donc triste, à la fin,
Si pour être malgré tout compris du monde
nous étions obligés (ou nous croyions obligés)
De ne plus parler de l’envers des choses.

Mais qu’il en soit ainsi pour tous,
Tous, de l’enfant jouant à cache-cache,
Jusqu’à Dieu au plus lointain des cieux,
Qu’ils parlent enfin et nous disent où chercher.

Robert FROST (1874-1963)
A Boy’s will, Henry Holt and Company, 1915
Traduit de l’anglais par Frédéric Chaslin

[Texte découvert sur la page facebook « Robert FROST en Français, les mélodies et traductions de Frédéric Chaslin », voir le lien ci-dessous]
https://www.facebook.com/FrostInFrench/

Le poème dans sa version originale :

REVELATION

We make ourselves a place apart
Behind light words that tease and flout,
But oh, the agitated heart
Till someone find us really out.

‘Tis pity if the case require
(Or so we say) that in the end
We speak the literal to inspire
The understanding of a friend.

But so with all, from babes that play
At hide-and-seek to God afar,
So all who hide too well away
Must speak and tell us where they are.

UN JOUR, UN TEXTE # 1183

MARDI 1ER AOÛT

AMOUR

Je ne crains pas les coups du sort,
Je ne crains rien, ni les supplices,
Ni la dent du serpent qui mord,
Ni le poison dans les calices,
Ni les voleurs qui fuient le jour,
Ni les sbires ni leurs complices,
Si je suis avec mon Amour.

Je me ris du bras le plus fort,
Je me moque bien des malices,
De la haine en fleur qui se tord,
Plus caressante que les lices ;
Je pourrais faire mes délices
De la guerre au bruit du tambour,
De l’épée aux froids artifices,
Si je suis avec mon Amour.

Haine qui guette et chat qui dort
N’ont point pour moi de maléfices ;
Je regarde en face la mort,
Les malheurs, les maux, les sévices ;
Je braverais, étant sans vices,
Les rois, au milieu de leur cour,
Les chefs, au front de leurs milices,
Si je suis avec mon Amour.

ENVOI

Blanche Amie aux noirs cheveux lisses,
Nul Dieu n’est assez puissant pour
Me dire :  » Il faut que tu pâlisses « ,
Si je suis avec mon Amour.

Germain NOUVEAU (1851-1920)
Valentines, 1922

[Texte découvert sur le site « Poésie française », voir le lien ci-dessous]
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/germain_nouveau/amour.html